jeudi 10 mai 2018

Regarder le maraîchage d'aujourd'hui


Cette semaine j'ai rencontré un jeune collègue (25 ans) qui s'est lancé dans le maraîchage. A l'occasion des portes ouvertes, il est venu me rencontrer. Nous avons longuement échangé sur son projet.

Il est parti de rien, sinon de ses bras et de sa volonté. De l'idée qu'une autre agriculture (en permaculture) était possible. Il est venu me voir car nous accueillons régulièrement aux Jardins de Lornay du public, notamment lors d'événements gratuits (des portes ouvertes, rdv aux jardins, une saison artistique tout l'été...). Il voulait savoir comment je "m'en sortais" notamment financièrement, car il voudrait faire la même chose : accueillir des gens sur son exploitation, créer du lien social, transmettre aux enfants... (j'ai accueilli l'année dernière plus de 300 enfants d'écoles et de centres de loisirs)

Ce jeune n'avait pas beaucoup d'argent, pas de terrain. C'est difficile. Il faut montrer pattes blanches à chaque étape. Mais c'est possible.

Et nous l'avons fait, lui et moi, sans aucune aide publique, sans subvention, sans mise à disposition gratuite de tel ou tel terrain. Sur nos sous personnels, entraînant dans l'aventure une famille, s'endettant pour investir et essayer de réaliser un rêve.

Ce jeune "vit" (plutôt essaie de vivre) de la vente de ses produits. Il se donne à fond dans son projet. Il ne compte pas ses heures pendant que les cotisations sociales tombent tous les mois, les remboursements de prêts, le loyer qu'il doit payer pour utiliser cette terre.

Par fidélité à ses convictions, à ses rêves, il s'accroche même si les temps sont durs. Il aimerait plus de clients pour faire tourner son exploitation bio.

Alors ce jeune, quand il entend parler d'associations qui veulent produire (sans aucune charge sociale) des légumes pour les vendre à des familles qui ont souvent quelques moyens financiers, sans loyer car une commune met à disposition gratuitement un terrain, il sert les dents et se dit que ce monde ne tourne pas très rond. Aucune aide pour ceux qui veulent créer leur propre emploi, qui veulent s'installer et mettre en place un projet social y compris d'accueil du public dans le respect de l'environnement. Mais des citoyens urbains qui eux veulent se faire leurs propres légumes, pour eux, qui sont soutenus par des collectivités locales...

Je crois que l'écologie n'autorise pas toutes les demandes, tous les caprices. Si l'idée de créer du lien social autour d'une agriculture responsable est noble et doit être soutenue, elle ne peut rentrer en concurrence avec un secteur économique déjà fragilisé, où les professionnels peinent à tirer un revenu et à garantir la pérennité de leurs exploitations. Une entreprise paye des cotisations, participe au financement des retraites, de la sécu, etc... une association c'est autre chose. La collectivité peut soutenir ce genre de projets à condition qu'une convention claire soit établie sur un certain nombre de critères qui portent sur l’intérêt général et collectif de ce genre de projet. Sinon cela s'appelle de la concurrence déloyale qui pénalise en premier lieu les jeunes maraîchers qui souhaitent justement transformer les méthodes de production agricole... un comble.

A méditer.

3 commentaires:

  1. Pas très clair cet article, s'agit-il de cultiver pour vendre ou de cultiver pour l'autoconsommation des membres de l'association ?
    Dans un cas, c'est illogique, dans l'autre cela veut dire supprimer les jardins familiaux également, et là cela devient aussi illogique !!

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    1. Moi avec mes potes on a l'idee de produire notre propre pain bio. On va faire une association et puis on exigera de la mairie qu'elle nous fournisse gratuitement un lieu. Ensuite on ira vendre nos pains et brioches aupres du Grand public. Ce serait cool non ? Bien sûr on fera des formations, des visites, on accueillera les écoles.
      Avec d'autres potes on préfère les créations en métal (pour faire des bijoux, du mobilier de jardin, etc...). Je crois qu'on va faire une association et exiger de la mairie un autre local gratuitement. Le retour au travail manuel c'est pas mal aussi. Et on vendra nos créations devant le nez des pro qui creent leurs propres objets. Ce serait cool non ?

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  2. On voit bien l'argumentaire plus que recevable , mais ce serait plus clair si les potes cool et la mairie qui les aide étaient nommés , sans se cacher dans le potager .

    R. JULIEN

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