lundi 7 mai 2018

Macron est-il néolibéral ?

J'entends de plus en plus de commentateurs, en cette date anniversaire de l'accession d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, chercher à "qualifier" son action. Président des riches ? libéral ? Autoritaire ? Etc...

Qu'est-ce que le néolibéralisme au juste ?

Le néolibéralisme est une croyance économique (qui a largement essaimé aujourd'hui dans les champs social et politique voire psychologique) hérité de la science physique (vous savez la loi de la gravitation, la théorie des flux, etc...).

Le néolibéral pense que la société, c'est-à-dire l'ensemble des femmes et des hommes, se comporte comme un objet physique (un crayon, une voiture, une pomme, etc...). Les individus sont les atomes. La société est l'objet.

Comme une pomme, si elle se détache de son arbre tombe sur terre à cause de la loi de la gravitation, une société comme la société française est soumise à des forces extérieures qui la contraignent. "On ne vit pas tout seul sur terre", "il faut s'adapter au changement", "il existe une compétition internationale à laquelle il faut s'adapter"... toutes ces phrases renvoient à des forces extérieures, quasi-(sur)naturelles, sur lesquelles on ne pourrait pas agir mais auxquelles il faudrait s'adapter : la concurrence, l'évasion fiscale, la compétition pour la compétitivité, etc...

Pour le néolibéral, la société subit des forces extérieures et elle doit s'y adapter, comme un atome qui subit un courant électrique venu d'ailleurs change de position...

Pour renforcer sa doctrine, le néolibéral a une arme fatale, en terme de populisme : le fameux pragmatisme ! Quiconque aurait l'audace de critiquer les décisions prises (pour s'adapter au changement) se voit immédiatement rétorquer que "on applique une politique pragmatique, sans idéologie". Alors que bien évidemment elle repose sur une idéologie, celle de croire qu'il faut "laisser-faire" les forces du marché !

Le néolibéral a un adversaire : celui qui entrave l'adaptation aux forces extérieures. Le cancer qui dérègle l'harmonie des forces venues d'ailleurs et empêche l'adaptation des individus. Cet ennemi c'est au choix l'Etat (dans la conception tatchérienne ou reaganienne du néolibéralisme, bête et méchant), ou bien tout corps intermédiaire (syndicats, associations, élus locaux...) qui, par leur supposé "archaïsme" (ils ne comprennent pas les forces auxquelles on doit s'adapter préférant le "conservatisme", les "avantages acquis") s'oppose au "changement" (vu non comme une décision d'orienter la société vers le progrès social, mais une adaptation nécessaire aux évolutions "du monde").

Le néolibéralisme est une renonciation. La renonciation à écrire l'histoire d'une société préférant s'en remettre aux "forces extérieures auxquelles il faut s'adapter", et la renonciation au progrès social.

Il drape ses analyses d'une pseudo-scientificité jamais prouvée, en manipulant à l'envie chiffres erronés, calculs complexes et comparaisons internationales sans fondements (le fameux "exemple économique" allemand).

L'adversaire du néolibéralisme ce n'est ni le conservatisme et l'ignorance des contraintes extérieures, ni une vision passéiste teintée de communisme ou de socialisme suranné.
L'adversaire du néolibéralisme c'est le volontarisme. La volonté d'écrire une histoire faite de progrès social, d'analyse claire de la situation et des problèmes du monde (notamment écologiques), des forces en présence au niveau international. Mais c'est aussi la croyance (largement étayée par l'histoire des peuples) que l'Histoire n'est pas qu'une question d'adaptation passive, c'est aussi et avant tout une construction collective, une réalisation des peuples qui choisissent collectivement d'agir pour changer les choses et arrêter ainsi de subir.

La volonté ce n'est pas faire ce que l'on veut. C'est d'abord analyser la situation et repérer les points sur lesquels on peut faire bouger les choses. Puis agir pas à pas. Chaque action entraîne un "bouleversement des forces en présence" qui à son tour permet de libérer de nouveaux points d'actions possibles.

Face à l'action résignée du néolibéralisme, l'action volontaire du progrès social demande une analyse poussée et du travail dans l'action car il faut "mettre en mouvement" et ne pas uniquement "subir le mouvement".

Face au pragmatisme vendu comme une idéologie raisonnable (en réalité totalement passive, dont la raison et l'intelligence humaines sont absentes), il faut réhabiliter l'intelligence collective, la concertation et le dialogue pour définir ensemble le sens de l'Histoire que chaque société souhaite prendre, puis définir ensemble le "travail", les efforts collectifs à réaliser pour atteindre ces objectifs.

Le néolibéralisme est une idéologie passive, d'adaptation à des forces extérieures. Son opposé doit être une idéologie active pour créer ces forces de progrès. Elle ne promet pas la passivité du pragmatisme. Au contraire, elle promet du "sang et des larmes", des efforts, de l'action... mais de l'action pour atteindre des lendemains meilleurs.


2 commentaires:

  1. Dire que le néolibéralisme est hérité des sciences physiques décrédibilise votre billet .

    Pour parler de néolibéralisme , il faut d'abord rappeler la différence entre capitalisme , économie de marché et libéralisme .

    Le néo-libéralisme c'est l'affirmation que l'activité des individus est forcément bonne et n'a pas besoin d'être régulée . Le libéralisme en version originale , c'est la même affirmation en version plus soft , car il accepte la régulation par une entité collective dont il est censé se protéger cependant par le caractère "sacré" de la PROPRIETE .

    Mis à disposition du capitalisme ( certains pensent que c'est le contraire ) il assassine la démocratie , justifie les rentes, pille la planète ,avilit les âmes et les corps .

    La véritable parade aux libéralismes totalitaires , ce n'est pas le volontarisme , c'est la démocratie aboutie , ce qui suppose ,selon le mot d'Oscar Wilde , que tous les citoyens soient des aristocrates pour partager leurs désirs , talents et , in fine , volontés .

    Le socialisme abouti fondu dans la République aurait aussi cette vertu .

    Encore que , depuis Benjamin Libet et l'explosion des neurosciences et de l'IA , on a de plus en plus de mal à qualifier la "volonté" .

    R.JULIEN

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  2. Complément d'enquête :

    https://www.pauljorion.com/blog/2018/05/07/pourquoi-il-faudrait-raser-les-ecoles-de-commerce-par-martin-parker/

    R.JULIEN

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