dimanche 18 mars 2018

Et si la Haute Savoie devenait suisse ?


Une idée folle... Une provocation...  Après tout, le logo d'Annecy a déjà bien emprunté au drapeau suisse...

Une Europe à l'agonie

Il y a quelques jours, l'Italie a voté et a porté le mouvement populiste et eurosceptique 5 étoiles à environ 31% des voix. De son côté la ligue  (extrême droite) aurait environ 19% et les Fratelli d'Italia près de 4 %.

Le système politique italien est compliqué et je ne sais dire quel gouvernement sortira de tout cela. Mais il y a fort à parier que ce gouvernement sera nécessairement (plus ou moins, mais plutot plus que moins) assez antieuropéen. (Merci à l'Europe pour sa gestion de la crise des migrants...)

Sans être un grand expert politique, je crois que c'est un tournant pour l'Europe. D'abord parce que l'Italie est une grande puissance économique européenne (3e économie de la zone euro). Ensuite parce qu'avec un gouvernement eurosceptique, elle rejoindra le clan de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, veulent la fin de l'UE : Pologne, Hongrie, etc...

On oublie aussi un peu vite le score de l'AFD en Allemagne (et son nouveau gouvernement fragile), l'arrivée au second tour du FN en France, les scores des nationalistes en Belgique et aux Pays-Bas, le Brexit, le second tour très serré en Autriche avec l’extrême droite et sa participation au gouvernement...

Des institutions sclérosées et non démocratiques

En France, la "surprise Macron" aura heureusement permis de se redonner du souffle. Mais la baisse du nombre de participants au mouvement En Marche!, la faible popularité du gouvernement, et surtout l'isolement de la vision européiste de la France en Europe ne présagent rien de bon pour la suite. Les électeurs de centre gauche qui ont fait son socle au premier tour sont aujourd'hui échaudés par certains choix politiques, par la méthode et par la faible implication des députés sur leurs territoires.

Pourquoi l'Europe est-elle en train de se détruire sous nos yeux, par la volonté des peuples ? Les raisons sont multiples. Mais les institutions démocratiques sont en crise et les peuples en ont assez.

Chez nous, en France, le ras-le-bol politique est accentué par des institutions opaques, éloignées des citoyens, qui confisquent le pouvoir (du niveau local au niveau national). La France est aujourd'hui un assemblage de baronnies locales, gouvernée par un monarque républicain. La 5e République est une plaie. Je milite depuis longtemps pour son remplacement par une 6e République pour redonner le gout de la politique aux citoyens et retrouver l'envie de l'innovation, de la marche en avant et remettre le citoyen au cœur du système.

Mais j'ai aujourd'hui acquis la conviction que ce changement n'aura pas lieu dans un horizon temporel proche. Le repli sur soi et la montée des nationalismes (en Russie, aux Etats Unis où Trump reste très populaire, en Turquie, en Chine, au Japon, en Iran, en Egypte, etc...) n'augurent pas un avenir radieux. Et les Francais, honteux d'avoir tuer leur roi, adorent élire leur monarque jupitérien tous les 5 ans.

Vous me direz pessimiste, peut-être. Ou bien réaliste.

La Suisse : un pays où il fait bon vivre

Les Francais selon les sondages sont malheureux. Quand on est responsable politique on doit s'interroger : si on ne peut changer le système de l'intérieur et qu'on ne se résout pas à cet avenir morose, que faire ? Je n'ai pas très envie que nos enfants vivent cela.

C'est alors que l'idée suisse émerge. Quand on regarde les enquêtes, les Suisses, qui vivent à 30 km de chez nous, sont eux très heureux... Leur économie, c'est un fait, qui est restée en dehors de l'euro et de l'Union Européenne se porte à merveille ; leur démocratie, même si tout est perfectible, associe largement les citoyens et reste dynamique ; les services publics fonctionnent ; les spécificités culturelles sont préservées ; les identités apparentes et revendiquées ; l'ouverture au monde est réelle (24% des résidents suisses sont étrangers...) ; et les avancées sociétales existent (droit à mourir dans la dignité, suicide assisté, droit au mariage homosexuel, etc...).

La Suisse n'est pas le "petit pays" souvent caricaturé et les Suisses sont heureux (ce sont eux-mêmes qui le disent !). Certes, tout ne va pas bien et personne ne dira que c'est le paradis. Il y a là aussi des combats à mener, des choses à changer. (j'entends déjà les 35 h, la 5e semaine de congés payés...)

La Haute Savoie sous forte influence économique helvétique

Mais la Haute Savoie n'est-elle pas déjà un peu suisse alors que la capitale économique de notre département est Genève. Les dizaines de milliers de frontaliers qui travaillent dans les cantons helvétiques depuis la Haute Savoie le prouvent. Cette explosion du nombre de frontaliers pose d'ailleurs de vrais problèmes ici : hausse du coût du logement, du coût de la vie, déplacements domicile-travail...

Les haut-savoyards, à chaque réunion publique, râlent et les frontaliers sont souvent la cible de leur mécontentement. Si leurs motifs de grognes sont légitimes, il n'est pas possible aujourd'hui de faire quoi que ce soit (pour peu que ce soit même souhaitable) contre le phénomène des frontaliers. 

Le rattachement de la Haute Savoie à la confédération aurait au moins le mérite d'offrir de nouvelles perspectives, et d'officialiser les choses. Non ?

Boutade... sérieuse ?

Cette idée n'est pas nouvelle et s'inscrit dans une "histoire politique" ancienne. Au moment de l'annexion de la Savoie à la France déjà des communes et des citoyens avaient demandé le rattachement à la confédération.

Elle est même peut-être le meilleur moyen de réaliser petit à petit le rêve européen d'une unité de citoyens différents, aux cultures, langues et traditions différentes, mais unies dans un système politique qui les respectent, les écoutent et leur laisse leur autonomie tout en garantissant leur protection minimale (droits sociaux, armée, police, santé...), un aménagement du territoire sensé, une ouverture au monde et aux autres, et un progrès social constant. L'Europe dont je rêve...

Et surtout cette idée nous donne à réfléchir, comme en miroir, à notre propre système politique local, où les décisions sont prises tellement loin des citoyens. Avec le système suisse, point de centre des congrès sans votation, point de tunnel, de canons à neige, d'ouverture de centres commerciaux... sans débats et votes. Les élus sont au service des citoyens et mettent en place les décisions prises par eux, pas l'inverse !

L'Histoire n'est jamais écrite d'avance. Les idées les plus folles sont parfois la réalité de demain... ou pas !  Ne jamais fermer de portes, réfléchir ensemble à l'avenir de notre territoire... Et choyer la démocratie toujours. Au moins, profitons de l'expérience démocratique de nos voisins et amis suisses pour en tirer le meilleur et continuons à nouer des liens forts pour notre avenir commun.

Vive la démocratie directe !

5 commentaires:

  1. Juste quelques remarques :
    -La 5ème République est peut-être "une plaie" pour ceux qui n'ont pas connu la 4ème... Avec le tempérament frondeur des français, un pays sans exécutif fort serait vite confronté à l'instabilité, donc à l'impuissance.
    -La Suisse est un tout petit pays, et comparer ses institutions avec les nôtres est peu raisonnable (même si l'on pourrait s'en inspirer).
    -La prospérité Suisse est en partie due à la puissance de ses banques, au détriment parfois de la transparence. Ce n'est pas forcément un modèle sur ce plan là.
    -Enfin, pour que la Haute-Savoie soit intégrée à la Suisse, il faudrait d'abord que cette dernière le souhaite ! Cessons de rêver et essayons d'abord de tirer le meilleur de ce que l'on a.

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    1. Bonjour, la France est le seul pays européen à avoir un système politique aussi centralisé et personnalisé. Cette distinction est vue comme source d'orgueil national chez nous, mais comme une anomalie démocratique ailleurs. D'ailleurs cette bizarrerie a souvent été un frein à l'intégration européenne. Certes je suis jeune et je n'ai aps connu la 4e République si décriée, qui a pourtant sortie la France de la Guerre, lancé les 30 glorieuses et menée quasiment à terme une bonne partie de la décolonisation... Pour un système parlementaire si décrié, je trouve que ce n'est pas mal finalement.
      Je ne crois pas du tout que la Suisse soit un "tout petit pays". Plus de 6 millions d'habitants c'est l'équivalent de l'ex-région Rhone-Alpes... On peut parfaitement dupliquer certaines institutions.
      Oui le système bancaire suisse est fort. Mais je ne crois pas du tout qu'il s'agisse de l'origine de la richesse de ce pays dont l'industrie, l'agriculture, le tourisme et les services se portent aussi très bien. Si à un moment de son histoire, notamment grace à sa stabilité politique et sa neutralité, la suisse a su tirer son épingle du jeu de la mondialisation en se spécialisant dans l'accueil de capitaux qui peut lui en vouloir ? Nous vendons bien du nucléaire à n'importe qui ? Pa railleurs, la Suisse a depuis signé des accords d'échanges d'informations fiscales avec les autres pays européens rendant son système plus transparent même s'il reste certainement à faire.
      Enfin oui, pour une intégration de la Haute Savoie à la confédération il faudrait un accord des deux parties. La constitution suisse devrait etre modifiée (par votation) et les hauts-savoyards consultés par référendum. C'est pas pour demain... pour après-demain ?

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  2. Etes vous certain que "le suicide assisté" soit une réelle "avancée sociétale" ?

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    1. Bonjour. Dans les conditions éthiques telles qu'elles sont pratiquées et mises en oeuvre en Suisse, oui je pense que c'est une avancée sociétale que j'appelle de mes voeux.

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  3. Et si les Savoie (ré) annexaient l'Italie du nord ? Ça ferait un peu plus de monde et Patrice Abeille boirait le champagne dans son cercueil .

    R. JULIEN

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