mardi 26 décembre 2017

Bilan 2017 à Annecy, une année de séparations

Cher.e.s lecteur.rice.s.

il y aurait tant à dire du malaise qu'a provoqué à Annecy (commune nouvelle), l'année 2017. Vous avez suivi au fil des jours le mal-être qui a été le mien et qui a été, c'est le plus important, tout au long de cette année celui de nos agents municipaux, de nos commerçants, de nos écoles, et de beaucoup d'entre vous.

La fusion de nos 6 communes urbaines au 01 janvier avait soulevé chez certains un brin, un soupçon, d'espoir. Après tant d'immobilisme, de renonciations et d'inactions, le souffle de la marche en avant se levait.

En cette fin d'année, il faut reconnaître que l'espoir n'y est plus. Le souffle est retombé. J'ai déjà largement disserté sur les causes de cet état de fait. Je n'ai cessé de tirer la sonnette d'alarme. Et je regrette d'avoir à faire ce constat. La fusion ne prend pas car il n'y a pas de projet de fusion, de projet au sens d'un élan pour la population. Que veut-on faire ensemble ? Quel avenir voulons-nous construire ? Qu'est-ce que c'est qu'Annecy à 128 000 habitants ? Où voulons-nous aller ?

Cette absence de projet, de vision à long terme n'est pas nouvelle et certains ont voulu croire que la fusion était un projet en soi. Résultat ? Ils nous ont déniché un logo vide de sens. C'est un épiphénomène sans importance au fond, mais qui en dit tellement long...

Les autorité(aire)s en place, faute de projet, se sont pris pour des apprentis sorciers qui veulent réinventer une ville nouvelle en oubliant les spécificités de chacun. Ainsi ils ont passé par la fenêtre, sans plus de réflexion, des pans entiers de notre histoire, de notre héritage, particulièrement en matière de politique de la petite enfance et de l'enfance. Ils ont continué à attaquer notre lac, ils se sont même attaqués au Semnoz avec des projets de canons à neige et de tunnel.


Cette année 2017 Bernard Bosson, à qui je veux une nouvelle fois rendre hommage, sera mort deux fois. En Mai dernier il nous quittait après avoir combattu courageusement contre la maladie. Mais tout au long de l'année son successeur, sous l'influence d'un autre Bernard, se sera évertué à dilapider son héritage politique.

En Février 2003, Bernard Bosson écrivait, dans un éditorial du bulletin municipal intitulé "Etre maire", ces mots que je vous livre in extenso :
"Depuis 20 ans, j'ai l'honneur d'assumer la responsabilité de Maire; cet anniversaire me porte plus encore qu'à tout autre moment à repenser cette fonction d'élu local dans notre société qui a tellement évolué au cours des dernières décennies. 

Alors que les lieux de décision se sont multipliés et complexifiés, nos concitoyens attendent plus que jamais du Maire et des élus locaux qu'ils répondent à l'ensemble de leurs besoins et de leurs préoccupations.

Cette proximité est source d'échange et riche de relations humaines, mais elle a aussi des exigences parfois difficiles à vivre.

En effet, il est nécessaire que le Maire soit porteur d'un équilibre dynamique, prenant en compte les intérêts particuliers et l’intérêt général avec le souci de la vie quotidienne et d'une vision d'avenir.

L'écoute et le dialogue doivent être permanents, mais il faut toujours, le moment venu, avoir le courage de décider.

La gestion ne doit pas l'emporter sur l'essentiel car "il est important d'avoir des idéaux inaccessibles et d'essayer de s'en approcher; sinon c'est le règne du pragmatisme et du compromis". "

Je crois que tout est dit. C'est une leçon, une définition si intelligente de ce qu'est un Maire. C'est évidemment pour moi une boussole. Dans ce texte, j'ai eu l'occasion d'échanger avec lui sur deux passages. D'abord cette espèce de contradiction qu'est l'expression "équilibre dynamique". Conserver un équilibre ce n'est pas ne rien faire, ce n'est pas le conservatisme, c'est prendre le temps de comprendre, de connaitre sa ville et sa complexité pour l'amener ensuite par conviction, par envie à se mettre en mouvement, à devenir dynamique. La dynamique naît des acteurs eux-mêmes, citoyens, entrepreneurs, associatifs, fonctionnaires, retraités... L'élu n'a pas à imposer le mouvement, il est là pour le faire émerger, le faire apparaître et surtout le faire aboutir. C'est un catalyseur.

Bien sûr, la fin du texte peut paraître énigmatique pour le centriste que fut Bernard Bosson qui a toujours favorisé le consensus. Et nous avons longuement discuté de ce point. Sans caricaturer sa pensée je crois avoir fini par comprendre que chez lui, le consensus était d'abord affaire de convictions et de convergence. Etre centriste pour Bernard Bosson ce n'était être "entre" gauche et droite ou "ni - ni". C'était une vraie ligne politique basée sur des valeurs fortes issues de l'humanisme et de la démocratie chrétienne. Faire consensus alors ce n'est pas l'absence de valeurs, le fait de combler un vide initiale en allant chercher chez les autres un bout de ceci, un morceau de cela. C'est au contraire porter une vision et accepter de la mettre sur le grill de la contradiction. Car fort de cette croyance en une intelligence collective, en l'émergence du bien commun, c'est accepter de dire qu'à plusieurs à réfléchir, à débattre sur une idée, il en ressort toujours du positif.

Etre Maire ce n'est pas gouverner selon son bon vouloir. N'importe quel nigaud est capable de cela. Non, être Maire c'est savoir faire la courroie de transmission entre les citoyens, leurs besoins; et les leviers du pouvoir. C'est penser qu'en faisant AVEC, la trace que l'on laisse est bien plus durable et plus prégnante qu'en faisant seul. C'est avoir l'humilité de penser que piloter une ville c'est d'abord fédérer les énergies pour les mettre en mouvement et pour cela faire oeuvre d'échanges, de dialogue et de remise en cause.

La force du compromis nait non de l'absence de convictions mais de la satisfaction d'avoir réussi à faire partager ses convictions, parfois amendées par le débat. 

Vous me direz qu'on ne vit pas dans le passé et que la nostalgie est un sentiment passif qui ne conduit à rien. C'est vrai. Pourtant il existe des fondamentaux qui, selon moi, restent immuables et sont bel et bien encore d'actualité.

En 2017 à Annecy, le compromis mou, sans vision, a conduit à une séparation durable des élites avec les citoyens et les acteurs du territoire. La méconnaissance des Annéciens et l'absence totale de dialogue ont mené à des décisions contraires à ce qu'est notre ville et à son histoire. Si le temps des rétrospectives est d'abord un moment pour repenser au passé et faire le bilan, je ne me satisfais pas de cette réalité.

Si 2017 a été l'année de cette profonde séparation, d'un exercice du pouvoir déconnecté des gens, 2018 doit être l'année où l'espoir renait. Mais il n'est pas encore temps de vous faire part de mes voeux et de mes décisions pour l'année nouvelle.

Je vous souhaite à vous tous de bien finir l'année, de prendre du plaisir et de la joie. De vous reposer encore un peu, aussi, car en 2018 nous allons avoir du travail sur la planche.

Bonnes fêtes de fin d'année et que reviennent les jours heureux !


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