lundi 25 septembre 2017

Sosh big air sur le Paquier : mon point de vue


Dans quelques jours, les 6-7-8 octobre, se tiendra la 8e édition du High Five Festival à Annecy. Dans le cadre de ce festival aura lieu sur le Pâquier un "Sosh Big Air" réunissant de nombreuses stars mondiales du ski freestyle.

L'année dernière, cet événement publicitaire sponsorisé par la marque d'Orange avait eu lieu sur la place des Romains. Si la ville n'avait dépensé aucun argent frais (le coût étant pris en charge par la marque), il faut rappeler que la mise à disposition de l'espace public pendant plusieurs semaines avait été accordé de manière gratuite ainsi que le déploiement de sécurité inhérent à cet événement.

Ce que je pense de cette future édition.

1) Les points positifs

- Cet événement mais surtout le High Five Festival met en lumière tout un pan de l'économie de la montagne qui a son importance, notamment dans le cadre du pôle d'excellence sur l'industrie du ski. Un événement qui mette en valeur cette industrie si importante pour notre économie ne me choque pas, bien au contraire. Annecy doit retrouver sa place dans le monde des grandes villes de montagne.

L'événement promotionnel pour cette filière d'excellence me semble important à conserver.

- Il ne faut pas nier l'engouement populaire et particulièrement chez les jeunes qu'a représenté l'édition de l'année dernière. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, trop souvent absentes ou "rejetées" de la bourgeoise Annecy ont pu, le temps de 2 soirées, s'emparer d'une partie de la ville dans une ambiance bon enfant. C'est aussi ce genre d'ambiance et de brassage social qu'Annecy doit pouvoir retrouver.

2) Les points négatifs

- la débauche de pollution que génère cet événement, situé début octobre dans une période de l'année où les températures sont encore largement positives, n'est pas acceptable à l'heure où les bouleversements climatiques font des milliers de morts à travers le monde. Pour produire de la neige artificielle, ce sont des tonnes d'azote liquide, polluant à fabriquer, qui ont été acheminées (avec des camions et leur pollution) jusqu'à Annecy. Alors que la ville fait des campagnes pour rénover les copro, pour plus utiliser les bus, cet événement est un non-sens à cette période. 
Je souhaite que, pour cette année, toutes les garanties soient prises et des associations indépendantes soient mandatées, pour contrôler que cette neige artificielle en fondant ne pollue pas notre lac. Le Pâquier est un espace vert proche du lac qui doit garder sa pureté. Cela est NON NEGOCIABLE.

Par ailleurs je n'ai jamais cru à la philosophie de la compensation carbone (on peut polluer puisqu'on plantera des arbres après) qui est un pansement sur une jambe de bois.

- l'utilisation du Pâquier à des fins de publicité est un autre aspect qui pose problème. Que la ville utilise le Pâquier pour ses événements publics est une chose. Qu'une entreprise privée l'utilise pour ses événements promotionnels en est une autre. De mon point de vue, ceci constitue un détournement des dernières volontés des donateurs de ces terrains. Certes, la gratuité amoindrit ce préjudice moral mais ne l'efface pas totalement.
Surtout, cela pose une question lourde de sens : demain comment interdire à d'autres entreprises privées d'utiliser ce merveilleux écrin qu'est notre Pâquier à des fins commerciales ? N'a-t-on pas mis le doigt dans un engrenage infernal ? Le précédent que constitue l'acceptation par la municipalité et son maire de privatiser le Pâquier à des fins commerciales (sans loyer !) n'est-il pas de nature à ouvrir la boite de Pandore et à attirer les convoitises (et potentiellement les procès) ?

Conclusion :

Il fut un temps où à Annecy on avait des couilles et des principes. Annecy ne se vendait pas comme une vulgaire putain au plus offrant (c'était avant l'ETG, le mécène russe et aujourd'hui Sosh). On considérait à cette époque que l'image d'Annecy était si forte qu'on pouvait choisir ce que l'on acceptait ou ce que l'on refusait, pour le bien de notre image, de nos habitants et de notre environnement.

Si j'avais été maire d'Annecy, j'aurais dit la chose suivante : oui je suis favorable à un événement qui mette en lumière l'industrie du ski, la jeunesse et la modernité de ces disciplines. Je souhaite qu'Annecy puisse accueillir ce genre d'événement car il s'insère parfaitement dans une stratégie globale de soutien à l'innovation et à l'industrie du sport outdoor d'un côté, et de l'autre à ma stratégie de replacer Annecy comme une des "capitales" de la montagne alpine.

L'enjeu populaire et l'événement que constitue le Sosh Big Air permet à la ville (contrairement à ce qu'elle dit tout en le faisant quand même) d'accompagner cet événement par la gratuité de la mise à disposition du domaine public et l'accompagnement de sa mise en place.

Mais cet événement, par bon sens et parce qu'Annecy est soucieuse de donner l'exemple en terme de respect de l'environnement, d'éducation de sa jeunesse et d'image de marque, ne peut pas être accueilli en dehors de période de gel naturel, c'est-à-dire entre mi-décembre et mi-mars en gros. C'est nous qui fixons nos limites. C'est à prendre ou à laisser. On va me rétorquer que le Sosh Big air a déjà une tournée des villes de programmer. je répondrais simplement : si vous voulez vraiment venir à Annecy et bénéficier de l'image de marque forte de notre ville, vous allez bien trouver une solution. Nous nous avons bien vécu jusque là sans cet événement.

Sur la localisation du Pâquier, j'aurais lancé un vaste débat car j'avoue ne pas être très certain de mon opinion. Naturellement, fidèle à l'histoire de notre ville et à l'héritage de la généreuse donatrice de ces terrains, je serais plutôt contre ce choix sachant qu'en plus des alternatives existent. Mais j'entends aussi ne pas passer pour un affreux conservateur et ne pas mettre en oeuvre une guerre des modernes contre les anciens, des jeunes contre les "vieux". L'époque depuis le leg a changé. On doit donc pouvoir s'adapter tout en restant fidèle. Mais pour cela il faut collectivement fixer des règles claires, transparentes et connues de tous, partagées par tous les Annéciens qui sont les véritables propriétaires de cet espace.
Ici, comme trop souvent avec M. Rigaut on fait des coups, du coup par coup sous influence de tel ou tel lobby. Ce n'est pas comme cela que l'on devrait gérer le Pâquier et notre lac.

Face à cette position,
1) j'ai décidé de ne pas signer la pétition (que je comprends) des opposants à la présence de cet événement car elle me semble trop extrême, ne prenant pas en compte les aspects positifs de cet événement.
2) de ne pas apporter mon soutien aux organisateurs de cet événement car ils me semblent bien trop angéliques et déconnectés des répercutions tant environnementales que d'image de leur événement, pris dans une euphorie qui ne m'a pas contaminée.

C'est pour moi une prise de position pragmatique et constructive.

Avoir des convictions et respecter notre histoire, celle du Pâquier; tout en comprenant aussi que le monde change et qu'il faut adapter nos règles à ces changements sans rien renier du fond, qu'il faut promouvoir une industrie qui pèse lourd sur Annecy et que je souhaite encore développer : voilà l'état d'esprit dans lequel j'aurais abordé ce sujet.
Ouvert à la discussion mais posant clairement les limites : voilà pour ma méthode.
Impliquer tous les acteurs, y compris la population dans une réflexion globale: voilà le chemin que j'aurai emprunté.

La mise en place de cet événement, au-delà des 3 jours, pose de nombreuses questions très intéressantes en terme d'évolution. Je préfère les regarder droit dans les yeux et les poser sur la table plutôt que de faire semblant de ne rien changer comme dit le maire tout en remodelant en profondeur ce qui jusque-là avait été la règle à Annecy.

1 commentaire:

  1. Que va t-on faire de la neige fondue après cette lamentable manifestation ? La déverser dans le lac ? ou ailleurs ? C'est vraiment un non sens dans une époque où la terre est en train de mourir petit à petit ! Belle philosophie envoyée aux jeunes générations !JL74

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