dimanche 19 mars 2017

Le jour où j'ai failli arrêter la politique

Parce que ce blog s'appelle : "entre nous soit dit", que vous avez le droit de savoir et pour certains qui s'interrogent, cela peut, peut-être, apporter quelques explications...

Vous connaissez mon engagement et ma détermination au service de mes idées et de nos convictions. Vous savez combien de coups j'ai déjà reçu et combien d'obstacles il m'a fallu surmonter en 9 années de combat politique.

Pourtant, je dois avouer que j'ai bien failli craquer cette fois-ci. J'ai failli démissionner. Ma lettre au Préfet était prête et puis j'ai décidé que "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort".

Cela s'est passé en début d'année, à la fin de la deuxième semaine de janvier pour être précis.

Vous connaissez le contexte de la fusion des communes et l'humiliation que les minorités subissent depuis que ce projet a été décidé sans la population et sans la diversité politique. Inutile d'y revenir, pourtant cela pèse lourd pour expliquer le contexte.

Le 2 janvier, au premier conseil municipal, je dépose ma candidature au poste de maire. Et là je fais 7 voix, 7 petites voix (car oui je n'ai pas honte de le dire, je veux remercier celles et ceux qui ont voté pour moi, m'évitant ainsi l'humiliation d'être derrière le FN). Le PS et les Verts avaient décidé de faire élire JL Rigaut et de ne pas soutenir une candidature de gauche.

Pour eux, il valait mieux Rigaut élu maire que Duperthuy élu maire... Ca a été un choc, c'est vrai, même si je m'y attendais. Car on peut avoir des divergences mais là c'était une mise à mort pour préférer la droite.

C'est vrai que cette gauche avait décidé de rejoindre la majorité et de prendre les postes de maires-adjoints (avec les indemnités) proposés par Rigaut. J'aurais dû le savoir, mais j'en suis quand même tombé sur les fesses...

Le deuxième coup est venu de la politique sectaire et d'empêchement mise en place par MM. Pasquier, Astorg et Boutry pour empêcher l'émergence d'un groupe d'opposition de gauche au conseil municipal. Nous avons alors tenté de rallier des élus d'autres sensibilités, mais la loi de la politique politicienne a toujours repris le dessus. Il en a découlé l'obligation pour Evelyne, Claire et moi de nous inscrire dans le "groupe des "non-inscrits", sans aucune voix au chapitre, ni aucune représentation dans les commissions dédiées.

Enfin le coup de grâce est venu du rejet de Claire de la commission du CIAS. Claire s'était beaucoup investie au CIAS depuis 3 ans, dans un organisme social où la technicité, les sigles, les démarches sont complexes. Elle avait donné sans compter. Et elle s'est fait virer par la majorité, sans aucun soutien de la gauche locale.

J'ai alors beaucoup douté. Douté des valeurs portées par la Gauche (ce qui était ma famille politique) quand j'ai vu la manière dont ses élus locaux se sont comportés, et j'en ai tiré la conclusion que, malheureusement, Gauche et droite n'étaient devenus que des mots, même si de part et d'autre je sais qu'il y a des militants sincèrement convaincus qui se battent pour leurs idées. Douté de mon propre engagement, de ma légitimité d'élu quand autour de soi chacun ne pense plus qu'indemnités, postes et oublie les citoyens et les objectifs de cette fusion. La fusion n'est pas l'objectif, c'est le moyen pour atteindre des objectifs. Et l'on voit depuis, où elle conduit en matière de services aux citoyens vers un nivellement par le bas... Douté de la politique et de la démocratie, de la capacité qu'elle "aurait" de porter aux pouvoirs "les meilleurs d'entre nous", quand on élimine systématiquement ceux qui travaillent pour favoriser les copains.

J'aime la politique et je reste convaincu que le changement passe par elle. Mais je sais aussi que nul n'est irremplaçable et qu'il y a une autre vie à part la Politique. J'ai senti le besoin d'arrêter de me faire du mal, de me triturer la tête avec ces conneries, d'essayer de comprendre ce que j'avais pu faire de mal pour "mériter cela".


J'hésitais : continuer ou arrêter. Et puis, par quelque hasard, j'ai eu deux discussions (hormis celles de mes colistières qui m'ont toujours soutenues) qui m'ont décidé à rester. D'abord celle d'un père de famille annécien qui m'a contacté. Il habite un appartement HLM trop petit pour ses deux enfants qui sont obligés de dormir dans la même chambre. Le premier ne peut pas faire ses devoirs en silence le soir à cause de son petit frère qui joue, et ses parents craignent l'échec scolaire. Leur dossier est bloqué : "pas de logement disponible" depuis plus de 3 ans. Ce père était désemparé. Il veut que ses enfants réussissent, qu'ils fassent des études pour réussir mieux que lui dans la vie. Il voulait savoir comment faire. Je lui ai avoué mon incapacité à faire quoi que ce soit parce que je ne possède aucun pouvoir. Le manque de logements sociaux sur notre territoire prend alors une autre dimension loin des polémiques et de la vision comptable de certains élus. Il a fini en me disant : "Vous, vous agissez pour nous. On sait que vous faites ce que vous pouvez pour nous. Alors continuer, pour nous". Bien sûr, il ne savait rien des questionnements qui me hantaient alors. Avec ce "nous", il venait de balayer en quelques secondes mes hésitations et mes interrogations. 

Une amie à qui j'avais confié mes troubles m'a quant à elle dit la phrase suivante : "quand tous les dégoûtés s'en vont, il ne reste que les dégoûtants".

Alors j'ai déchiré ma lettre de démission. J'ai décidé de me battre malgré l'adversité.  Non pas par devoir moral. Non par goût du pouvoir. Mais parce qu'il existe sur Annecy des personnes qui comptent sur moi et que je n'ai pas le droit de les décevoir.

Je peux aujourd'hui, plus de 2 mois après ces événements, vous les relater parce que j'ai retrouvé la pêche, l'envie. Je sais que depuis quelques mois je me suis fait plus rare, moins incisif diront certains. J'ai laissé le devant de la scène aux donneurs de leçons, aux diviseurs.

Je me suis reconnecté avec le sens profond de mon engagement. J'ai aussi retrouver des amis en Politique, des citoyens engagés à En Marche!

Le divorce avec la Gauche était déjà consommé. Il est aujourd'hui digéré. Je ne vous en parlerai plus, cela appartient à une page que je viens de définitivement tourner. Cela me permet notamment de m'opposer frontalement aux choix fait par cette gauche sur la non-augmentation des subventions aux associations, ou bien sur la politique d'abattements fiscaux qu'ils ont soutenu, et encore sur les pistes de hausse invraisemblable des prix du périscolaire qu'ils semblent soutenir.

J'étais libre. Je suis aujourd'hui libéré, libéré du poids des convenances, du devoir de solidarité avec ces gens. Libéré de toute rancœur.

Prêt à retourner au front plus fort, parce que, malgré les tentatives : "pas mort".

3 commentaires:

  1. je ne te connais pas, j'ai découvert ton blog par hasard.
    Ancien Rocardien, je te dis bon courage, c'est bien de continuer.
    Pierre

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  2. Ils sont si peu, semble-il, à croire à ce qu'ils disent et à travailler réellement pour le bien commun...Alors, tu as eu raison de ne pas te décourager, et de continuer. La période qui vient risque d'être difficile pour tous. On aura encore besoin de toi !

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  3. Bonjour, je vous lis régulièrement et je partage souvent votre point de vue. Continuez car nous avons besoin de personnes comme vous , intègre mais avec des convictions fortes . L'avenir est En Marche ;-)

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