lundi 6 février 2017

Revenu universel : une rente sur le tiers-monde ?


J'ai écouté depuis plusieurs semaines la proposition politique de mettre en place un revenu universel à l'échelle de tout le pays (par étapes ou tout d'un coup, cela n'a pas d'importance dans mon questionnement).

Si je suis plutôt, de prime abord, séduit par cette idée d'un droit à vivre dans la dignité, simplement parce qu'on est un être humain, je m'interroge, en tant qu'ex-économiste : d'où provient cette richesse que l'on veut distribuer à tout le monde ?

En fait, l'idée de revenu universel renvoie à une idée générale plus large encore en économie : l'utopie d'une société d'abondance dont ont rêvé tant d'économistes. Pour l'instant, l'humanité évolue dans une société de la rareté. Les produits, les services, le capital, l'immobilier, etc... tout est rare. Il faut donc en réguler l'accès. 3 moyens de régulation ont été testés par l'humanité depuis ses débuts : 1) la loi du plus fort (je suis le plus fort je prends ce qui est disponible, modèle esclavagiste et féodal); 2) la file d'attente (les individus sont servis au fur et à mesure de leur inscription sur une liste d'attente, modèle communiste); et 3) les prix (le prix des objets permet d'égaliser l'offre et la demande).

Pour les biens qui sont "illimités" donc non rares, il n'y a pas de prix. L'air (même si la pollution interroge cet état de fait) étant abondant, il n'a pas de prix. L'idée du revenu universel est de passer d'une société de la rareté régulée par les prix à une société de l'abondance où tout serait gratuit (ou presque, le niveau du revenu versé permettant de réguler les excès) : logement, nourriture, eau, habillement.

Je ne crois pas que nous soyons arrivés à ce stade d'une société d'abondance. Les robots n'ont pas encore remplacés les hommes pour la production des biens et des services.

Or, de mon point de vue (c'est un vieux point de vue d'économiste classique et keynésien), seul le travail crée de la valeur. Le capital est une accumulation de travail et la versement d'une somme fixe mensuelle s'apparente à une rente, c'est-à-dire un transfert de richesse d'un acteur vers un autre (exemple : le loyer est une rente avec transfert d'un locataire vers un propriétaire).

Le revenu universel est donc assimilable à une rente, c'est-à-dire un transfert de richesse d'acteurs vers d'autres acteurs. D'où vient cette richesse ? De travail. Mais de travail de qui ?

Pour répondre à cette question, il faut s'interroger sur les effets potentiels à si grande échelle d'un revenu universel, dans une économie mondialisée. Donner plus de revenus aux Français c'est leur offrir indéniablement du pouvoir d'achat, pour peu que les hausses d’impôts liées au financement de ce revenu étatisé supplémentaire ne soient pas égales ou supérieures au gain de revenu.

Or, ce jeu entre gains liés au revenu universel et hausse des impôts n'est pas identique pour tous. Il y a fort à parier que certains vont y gagne et d'autres y perdre. Qui ?

Les entreprises seront-elles mises à contribution, en partie pour financer, par des impôts supplémentaires ce revenu universel ? On peut le penser puisque certains parlent de supprimer le CICE. Pour faire face à ces impôts supplémentaires que peuvent faire les entreprises (en tous cas les grosses) : délocaliser ou bien augmenter les prix. De la même façon, dans le secteur de l'immobilier, le versement d'un revenu universel n'aura-t-il pas pour effet une flambée des loyers ?

Sans contrôles, il y a fort à parier que l'instauration d'un revenu universel puisse être très inflationniste et faire grimper les prix, générant ainsi : 1) une perte de compétitivité des entreprises françaises et 2) un probable anéantissement des gains de pouvoirs d'achat engendrés par l'instauration du revenu universel.

Au moins que, pour préserver leur pouvoir d'achat, les français se détournent des produits made in France, devenus plus chers, pour des produits d'importation. C'est un probable second effet de l'instauration du revenu universel à l'échelle d'un pays : la chute du solde commercial. Moins d'exportations (de produits trop chers) plus d'importations pour préserver le pouvoir d'achat gagné par le revenu universel.

Et pointe ici la réponse à notre question du début : qui produit la richesse nécessaire au financement de la rente qu'est le revenu universel ? Les ouvriers chinois, taiwanais, thailandais et autres qui continueront de produire des produits pas chers que les francais, avec leur revenu universel pourront se payer... tout en espérant que le niveau de vie dans ces pays n'augmentent pas trop vite histoire de garder leur rente la plus profitable possible.

Instaurer un revenu universel en France est une idée généreuse qui vise à mettre nos "pauvres" à l'abri des aléas de la vie. Mais a-t-on bien mesuré tous les impacts de cette décision ? Moi qui suis internationaliste je m'interroge sur le fait que ce sont non pas les grosses fortunes (qui trouvent toujours un paradis fiscal pour fuir l'impôt) mais les ouvriers des pays pauvres qui vont financer in fine cette rente. N'est-ce pas un transfert de richesses du sud vers le nord ? Eux doivent continuer à produire pas cher (surtout si on taxe les robots qui à la limite auraient pu remplacer l'homme dans la production) pour que nous, nous puissions jouir des biens et des services qu'ils nous fabriquent pas cher.

J'ai bien peur que cet aspect possible du revenu universel instauré à l'échelle d'un pays comme la France, 5e puissance mondiale et non pas seulement sur quelques milliers de personnes, n'ait pas été envisagé. J'ose pourtant le soulever car il me trotte dans la tête depuis des jours. Et si, finalement, le revenu universel, dans une société de la rareté, se transformait en un nouveau colonialisme, un pillage du sud par le nord ?

La valeur, la richesse, ne viennent jamais de nulle part. Elles viennent du travail. L'argent peut être fictif si les gains de pouvoir d’achat sont "mangés" par l'inflation ou la hausse des impôts, mais le surcroît de valeur, non.

Et je parie que, malgré les discours, ce ne sont pas les plus riches qui vont financés ce surcroît de valeur, de pouvoir d'achat, mais les plus pauvres que nous. Mais je suis prêt à écouter tous les contre-arguments et à en débattre. Au fond, je préférerais qu'on parle de revenu universel mondial pour permettre à ceux qui meurent de faim et de maladies de pouvoir déjà s'en sortir, hissant ainsi l'humanité vers le haut, et non seulement notre égoïsme occidental.

 Je ne sais pas si j'ai raison. Peut-être que mon argumentaire contient des failles. Si tel est le cas merci de me le faire savoir car j'aimerais avancer dans ma propre réflexion sur ce sujet. Merci.

2 commentaires:

  1. Et si on demandait au 1% qui possède autant que les 99% autres de salarier ceux-ci pour qu'ils ne les buttent pas. Comme à Rome. Avant bien sur. Ou alors que le 1% règle la dette de chaque pays pour les libérer de leur asservissement.

    RépondreSupprimer
  2. Une proposition : pourquoi ne pas poser directement la question à l'équipe de Benoît Hamon (avec cet argumentaire à l'appui) ? Cela amènerait peut-être le candidat de la Gauche à mettre en question ses certitudes...

    RépondreSupprimer