lundi 19 décembre 2016

Le manque de neige

Depuis plusieurs semaines maintenant, il ne pleut pas. Un anticyclone est scotché sur la France et empêche toute perturbation d'arriver. Il n'a donc que très peu neigé en montagne.


Le ski est largement compromis pour les vacances de Noël dont les taux de réservation sont en baisse. C'est évidemment une mauvaise nouvelle pour l'économie locale. Même si, pour l'instant il s'agit de ne pas sombrer dans l'abattement puisque l'hiver finira bien par arriver.

Ceci dit, c'est évidemment un manque à gagner important pour nos stations, et donc l'économie locale. D'un point de vue de l'emploi c'est aussi un coup dur pour tous les emplois saisonniers qui participent au dynamisme économique de notre territoire.

Les raisons de ce manque de neige, même si cela n'est pas exceptionnel, sont certainement à chercher au niveau des dérèglements climatiques provoqués par l'Homme.

Les stations ne sont pas restées inactives. Elles vont proposer pour les vacanciers des activités nombreuses et variées (loisirs, cultures, sports...). On peut venir en vacances à la montagne à Noel pour se ressourcer.

Pourtant, cet épisode doit nous interpeller et nous amener à réfléchir et agir pour l'avenir car nul doute que malheureusement, ces conditions risquent de se renouveler plus que de coutume.

Pour cela, il y a les solutions "faciles" mais "risquées". Par exemple, l'installation d'enneigeurs  (canons à neige) pour combler les manques de neige naturelle. Cette solution coûte cher et n'est pas garantie, on le voit actuellement avec l'inversion des températures en montagne. Je comprends que des stations investissent dans ces équipements qu'il ne faut pas rejeter par principes, mais cela reste une solution qui a ses limites, notamment environnementales.
Il y a les solutions "farfelues", avec notamment l'installation de pistes couvertes, à l'impact environnemental et paysager désastreux.

Et il y a les solutions de moyen et long terme qui reposent sur une évolution du modèle économique de nos stations. Ces évolutions sont pour la plupart en marche. Elles reposent, de mon point de vue :
- 1) sur une diversification accrue de l'offre en hiver. Beaucoup de stations ont commencé cette mutation pour une offre d'autres services en hiver, mais cette tendance doit être accentuée.
- 2) sur une politique de fidélisation de la clientèle. Cela suppose des nouveautés chaque année, à la fois en terme de sports, mais aussi d'activités annexes. Pour cela, il faut prendre conscience que le tourisme hivernal doit être couplé à d'autres formes de tourisme (patrimonial, culturel, vert, de détente...). Les partenariats ville/montagne par exemple, seraient un excellent levier de diversification et de fidélisation.
- 3) sur une politique d'attraction locale. Il ne faut pas négliger la clientèle locale et régionale. Vouloir des touristes internationaux, haut de gamme, c'est bien. Mais cela ne remplit pas les hôtels et les restaurants pendant toute la saison. Il faut donner les moyens aux habitants locaux d'apprendre le ski, de le pratiquer à des tarifs abordables et faire de la pub dans leur direction.
 - 4) sur une qualité d'accueil et de prestations réévaluée. Nous sommes en compétition avec le monde entier sur le créneau de la neige, il faut donc proposer le "petit plus" qui fait la différence. Il faut souligner de ce point de vue les efforts faits depuis des années. Mais il reste trop de professionnels qui ne maîtrisent pas les langues et dont les niveaux de prestations sont parfois trop faibles. Il nous faut monter en qualité.
- 5) sur le développement d'une offre estivale. Il faut faire découvrir notre montagne en été (et en saisons "creuses") pour attirer les clients en hiver. Cela passe par le maintien d'une vie locale (économie, services publiques, etc...) tout au long de l'année.

Enfin et peut-être d'abord, il faut changer de logiciel. Jusqu'ici c'était : Montagne = Vacances = Ski = Touristes. 
Le ski, ce n'est pas que pour les touristes.
Les vacances, même en hiver ce n'est pas que le ski.
La montagne, ce n'est pas que les vacances. Il y a aussi des gens qui y vivent à l'année et qui font la montagne.

Je crois que ces changements sont en cours. Mais il faut les accélérer. La complémentarité plaine/montagne, ville/station est un point d'appui important car notre économie est un tout. C'est pourquoi notamment, je m'oppose à la création d'un pole métropolitain des villes du sillon alpin. Cette logique conduirait à terme à une rupture économique entre la plaine et la montagne, la ville et les stations, préjudiciable aux deux. Au contraire, il faut construire les complémentarités, les solidarités. 

Le manque de neige est une difficulté certaine pour notre économie. Mais c'est peut-être aussi la chance de s'interroger sur l'avenir, sur l'évolution à mettre en place, sur les modifications à accélérer. Je suis personnellement convaincu qu'après une seconde moitié du XXe siècle consacrée par l'or blanc, nous sommes aujourd'hui devant des défis importants. Et je suis intimement persuadé que nous avons à la fois les ressources et le génie pour évoluer ensemble et trouver la voie d'avenir qui préserve ce secteur économique et qui l'enrichisse pour l'avenir.

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