mardi 30 août 2016

Prix du lait : des causes et des solutions

Les producteurs de lait sont en colère. La raison de cette colère : la baisse du prix payé aux agriculteurs.

Alors que les coûts de production ne cessent d'augmenter, le prix de rachat par les industriels de l'agroalimentaire (comme Lactalis) aux ne cessent de baisser. Aujourd'hui, en France, un éleveurs de vaches laitières se lève (tôt!) le matin pour perdre de l'argent ! Ce n'est évidemment pas tenable.

Cette situation est d'autant plus insoutenable et immorale que dans le même temps les profits des groupes industriels ne cessent d'augmenter et les fortunes des patrons de ces groupes s'envolent. M. Emmanuel Besnier (patron de Lactalis) a une fortune estimée à 6.8 milliards d'euros. Qu'a donc fait cet héritier, ce fils à papa dont le seul mérite est d'être bien né et d'avoir hérité de la fortune de la famille, pour être à la tête d'une fortune qui équivaut à plusieurs milliers de fois celle de n'importe quel producteurs laitier ?

Les raisons de cette baisse du prix du lait sont multiples :
- côté "offre": la fin des quotas laitiers européens a provoqué une sur-production (estimée à + 6% en Allemagne par exemple). Exsangues, les exploitations laitières ont souvent augmenté les volumes pour essayer de s'en sortir... précipitant ainsi le prix à la baisse. L'industralisation de la production en Allemagne, avec ses fermes des "mille vaches", a également augmenté la production, avec des conditions d'élevage et de qualité de vie pour les animaux dégradantes. L'Allemagne exporte plus de 50% de son lait.
- côté "demande" : la consommation de lait et de produits laitiers baisse chez les consommateurs européens. L'embargo russe n'a rien arrangé.

Que faudrait-il faire ?
A court terme, il faut bien entendu que l'Etat intervienne comme il l'avait fait pour le prix de la viande de porc en mettant sérieusement la pression sur les industriels pour qu'ils relèvent leur prix d'achat. Car cette baisse du prix ne favorise pas une baisse des prix pour le consommateurs, mais une hausse des profits.
L'Etat et l'Europe doivent également soutenir les exploitants en favorisant des étalements de charges voire leur réduction. Mais cela n'est pas satisfaisant (car cela nourrit le sentiment dans la population d'un secteur sous perfuson de subventions) et n'est pas durable. C'est, je le crois, néanmoins important car l'existence de nos exploitations agricoles doit être préservée. Elles ne produisent pas que du lait. Leurs bienfaits pour la société sont plus importants que cela (entretien des paysages, lien social, peuplement rural...).

A plus long terme :
- la montée en qualité, avec un lait moins quantitatif et plus qualitatif, valorisé notamment, à l'exemple de notre département, par des AOC, IGP et autres labels d'excellence.
- la reconversion des exploitations agricoles vers d'autres productions dont la consommation augmente en réduisant progressivement le lait. Cette mutation doit être accompagnée et soutenue.
- le regroupement des producteurs au sein de coopératives pour peser plus lourd dans les négociations face aux industriels.
- La maitrise de la chaine de production, par les éleveurs eux-mêmes, du lait au produit fini, en aidant à la mise en place de lieu de fabrication de produits finis (ex. yaourts, fromages...) contrôlés par les agriculteurs eux-mêmes (ou leurs regroupements) permettant ainsi une meilleure valorisation financière de leurs productions et un gain certain sur la valeur ajoutée. Cela permettra en outre de développer fortement la vente directe au consommateurs, court-circuitant ainsi un autre acteur vorace du secteur : la grande distribution !
- le développement de filières locales. C'est pourquoi j'avais proposé deux choses sur Annecy pour aider nos agriculteurs (et arboriculteurs et apiculteurs et vignerons...) : 1) la création dans le Manège du Haras d'une halle des producteurs locaux véritable vitrine de nos savoir-faire et lieu de distribution directe entre producteurs et consommateurs; et 2) grâce à la création d'une cuisine centrale intercommunale, adaptée pour toute l'agglomération, la mise en place d'une contractualisation avec nos producteurs locaux leur garantissant une filière d'écoulement locale à un prix digne et fixé à l'avance (à l'exemple des contractualisations des AMAP).

Les millions d'euros d'aides versées chaque année par l'Etat et L'Europe aux agriculteurs devraient servir à ce vaste chantier de restructuration du secteur. Il ne s'agit pas de faire de chaque exploitant un industriel confirmé, mais de le placer dans la situation de maitriser le devenir de sa production et d'en gérer la redistribution de valeur ajoutée crée. Or, la valeur ajoutée a été "aspirée" des producteurs vers les transformateurs. Les agriculteurs doivent prendre les rennes de la transformation pour récupérer leur richesse.

Cotation physique du lait

Prix moyen payé aux producteurs en France
Année - Trim.Valeur
€/1000 L
Année - 1
2014 - 4387369 (+4,9 %)
2015 - 1348358 (-2,9 %)
2015 - 2305375 (-18,6 %)
2015 - 3307361 (-14,9 %)
2015 - 4322387 (-16,6 %)
2016 - 1299348 (-14,1 %)
2016 - 2283305 (-7,2 %)
2016 - 3278307 (-9,4 %)

ValuesCotation20142015201625030035040017 Mars 14: Cotation: 359 €/1000L





2 commentaires:

  1. Dès 10 ans j'étais derrière le cul des vaches et j'aidais le fruitier à fabriquer le reblochon, produit noble accaparé par LACTALIS qui n'est pas le problème mais la partie immergée de corruption et de monopole ETATIQUE. A quoi sert et pour qui roule le ministère de l'agriculture, la FNSEA et la MSA. Les subventions et les PUBS sont les ennemis de la Liberté. Comment le citoyen peut-il, à ce point, être anesthésié par les mensonges politiques. Qui va chasser les marchands du temple ?

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  2. Quand j'vous dis que Denis écrit avec talent et efficacité ce que beaucoup d'entre nous pensent!!! Je répèt'rai deux fois!!! Claude L

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