mardi 14 juin 2016

Fusion de communes : la mise au placard

Ainsi donc c'est lundi soir que nous voterons pour ou contre la fusion des 6 communes. Nous attendons avec une certaine impatience les résultats du questionnaire envoyé à la population.

Avec Evelyne et Claire, notre choix commence petit à petit à se dessiner, même si nous attendons (après l'avoir tant demandé) les résultats de la pseudo-concertation populaire. 

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Ces 8-10 derniers mois ont été très éprouvant. Alors que des groupes de travail se tenaient entre élus majoritaires uniquement, nous n'avons eu de cesse de demander à être associés, avec la population. Sans succès. Toutes les tendances politiques ont accepté cette manière de faire.

Pour dire simplement les choses, depuis 8-10 mois, nous avons été mis au placard, ostracisés. C'est en tous cas, pour en avoir discuté hier soir en marge du festival du film d'animation, notre sentiment partagé.

Lorsque dans une entreprise on veut que quelqu'un démissionne, il arrive que des patrons pervers mettent leurs employés au placard, c'est-à-dire leur ôte tous les dossiers, les laisse dans un coin, seuls sans pouvoir participer à la vie de l'entreprise. On appelle cela de l'ostracisme : "Action de tenir quelqu'un qui ne plaît pas à l'écart d'un groupe, d'une société, d'une manière discriminatoire et injuste".


Eh bien c'est exactement ce que nous vivons depuis tout ce temps, une mise au placard. On nous a enlevé tous les dossiers (puisqu'à chaque fois il faut attendre la "commune nouvelle") jusqu'à la réflexion sur l'avenir de notre commune lui-même.

Certains psychologues ont étudié les effets de ces phénomènes d'ostracisme sur les individus. Voilà ce qu'ils en disent : "Car l’ostracisation entraîne des sentiments de honte, de culpabilité et d’incompréhension. «Toutes les personnes placardisées se demandent ce qu’elles ont fait pour mériter ça», note Sophie Aubard. Leur con­fiance en soi étant abîmée, elles ont tendance à se faire toutes petites. En fait, assumer au grand jour sa traversée du désert reste le meilleur moyen de s’ouvrir de nouveaux horizons." 

Je ne pensais pas subir cela en politique, de cette manière là. J'en veux évidemment énormément à tous ceux qui ont mis en place ce système de discrimination : notre maire et ses élus majoritaires, mais aussi ceux qui auraient sensé être plus ouverts, plus démocrates, nos "ex-amis" de gauche.

Cet épisode m'a abîmé, profondément. La perversion va jusqu'à la demande par nos bourreaux d'un vote d'adhésion ce lundi en conseil public: le bourreau demande à la victime (qu'elle a ostracisé pendant des mois, parce qu'il considérait que nous n'avions rien à faire dans ces discussions) de valider sa démarche, d'expier toute la barbarie de sa méthode en un vote unanime et favorable. Il voudrait que nous disions que nous avons aimé çà, pour repartir sur une page blanche... Toutes les victimes connaissent ce sentiment ambivalent de raz-le-bol (qui ferait plutôt dire : "aller basta on tire un trait") et celui de révolte ("jamais je ne donnerai mon aval à cette oubli de la souffrance").

Et si je me livre à vous en ce jour, ce n'est pas pour me plaindre, c'est peut-être pour expliquer ma moindre présence sur ce blog depuis quelques semaines. La flamme s'étouffe. Cela aura conduit à une large période de doutes, de réflexions, de remise en cause. J'y ai perdu des amis (enfin ce que je croyais être des amis). J'y ai laissé un peu de mon enthousiasme et de mon énergie, beaucoup. Mais j'ai aussi pu compter sur l'appui sans faille de mes véritables amis et de beaucoup d'Annéciens qui nous soutiennent.

Ce jeu politique local broie ceux qui veulent agir et qui ont des idées. Il les ostracise pour ne garder que les mauvais. Dans le monde de l'entreprise il existe des mots, à mettre sur cette souffrance, il existe des tribunaux pour condamner ces pratiques. En politique, il parait que cela fait partie du jeu (comme si on jouait en préparant l'avenir de nos concitoyens !) et que se plaindre c'est jouer les chochottes et que seuls les électeurs sont juges (si certains joueurs n'ont pas quitté le jeu avant).

Je laisse ceux qui penseraient qu'écrire cela c'est faire preuve de fragilité et de faiblesse à leurs appréciations. En suivant le conseil des psy j'ai voulu l'écrire pour mettre des mots sur cette situation. J'ai surtout voulu l'écrire pour m'excuser auprès de vous, mes lecteurs, de moins vous tenir informés de la vie politique locale. Il y a d'abord moins de choses (puisque tout attend la fusion de communes), il y a aussi le fait qu'étant tenu à l'écart je ne pourrais écrire que du négatif sur ce projet qui nous est confisqué. Il y a enfin la réalité d'une motivation en berne et d'une envie naissante de tout laisser tomber.

J'aime Annecy et les Annéciens amoureusement. Je leur consacre depuis 8 ans des soirées entières, et une grande partie de ma vie. Et voila comment on est récompensé... comment une tambouille politicienne, avec une grande marmite (126 000 habitants) attire tant de convoitises et tant de compromissions. La seule limite que je me fixe : que tout cela ne m'affecte pas trop sinon il faudra arrêter. Et je dois avouer que pour la première fois je sens que je me rapproche de cette limite. D'où mon besoin de prendre du recul et d'être moins présent sur ce blog. J'espère que vous le comprendrez.

6 commentaires:

  1. Lâchez rien Denis, on a besoin de gens comme vous contre le despotisme et l'idiocratie. Bien à vous

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  2. Courage, nombreux sont les anonymes qui vous soutiennent face à ces bassesses, lâchetés, compromissions, mauvais exemples d'une caricature de la politique. Sans poil à gratter, Annecy et consorts s'endormira, comme la princesse du conte. Alors, merci pour votre engagement, votre pédagogie, votre sens aigu de la démocratie et de l'éthique républicaine.

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    1. Un très grand merci à vous. Reste à savoir si la belle au bois dormant n'est pas déjà tombée dans le coma...

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  3. Rien à ajouter aux commentaires d'hier, sinon que ce n'est pas parce qu'on ne commente pas toujours qu'on est silencieux... On partage les articles de ce blog autour de nous, on en parle, et on vous soutient, toujours !

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  4. Merci je sais que j'ai des soutiens mais parfois cela n'arrive pas à contrebalancer une forme de désespoir. Bien à vous

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