jeudi 2 juin 2016

Formule magique

Pour argumenter la création d'une commune nouvelle à 6, nos maires ont trouvé une belle formule : "c'est pour maintenir un bon niveau de service public".

Quand j'étais petit on ne disait pas : "pour maintenir un bon niveau de service public" quand on voulait transformer un crapaud en princesse. On disait "abracadabra". C'était plus simple et finalement plus fun.

Car au fond, cette formule est aussi vide de sens et creuse que le projet qui nous est présenté. Qu'est-ce qu'un bon niveau de service public ? Est-ce que çà se croise dans la rue ? Ca se visite au musée ? Peut-être... Trêve de plaisanterie. J'ai posé, lors de notre dernière réunion des 202 conseillers municipaux, cette question. Aucune réponse.

Et pour cause : est-on certain que MM. Accoyer et Boutry ont la même définition d'un bon niveau de service public ? Et Mme Laydevant et Camusso ? Alors c'est vrai que chacun y est allé de son couplet sur les "très grande proximité des politique menées par les 6 communes", allant jusqu'à dire que finalement tout le monde est logé à la même enseigne. Ce à quoi j'ai répondu : si c'est vrai, si les 6 communes offrent le même niveau de service public à leurs populations, il faudra quand même expliqué aux citoyens pourquoi à Annecy-le-Vieux (par exemple) c'est 30% moins cher...

En réalité cet argument est de la poudre de perlinpimpin. Et pourtant, cette question de niveau de service public, donc des choix faits est la seule question POLITIQUE qui compte, avant de s'engager. En tant qu'élus, nous ne sommes pas des GESTIONNAIRES qui mégotent sur tel ou tel chiffre, comme le projet de fusion est trop souvent présenté ("on va être les premiers en ceci, les seconds en cela, etc...). Notre mission est de fixer des orientations, des priorités, faire des choix et définir finalement le "bon niveau de service public". Je ne doute pas ensuite que les services municipaux (si je prends l'exemple de ceux d’Annecy) trouvent ensuite la meilleure adéquation possible entre objectifs et moyens d'y arriver.

Or cette discussion n'a jamais eu lieu. Ce qui est bien pratique car chaque maire continue de fantasmer sur la définition qu'il donne à cette expression. Certains y voient le (presque) nirvana ("on va tous avoir le niveau de services d'Annecy"), ils se trompent et dupent leurs populations. D'autres y voient le moyen d'imposer leur modèle de service public minimal, et leur vision politique non plus à 20 000 habitants mais à 120 000...

La réalité pour Annecy est malheureusement bien plus simple que cela. Faute d'élus attachés à leurs concitoyens (et plutôt attachés à leurs postes et à leur pouvoir), les Annéciens, au 01 janvier, vont payer plus cher (avec la suppression de l'abattement général à la base) pour moins de services publics. Il faut que quelqu'un le dise !

Je crois qu'il est honnête de le dire et de ne pas se cacher derrière des formules vides telles que "maintenir un bon niveau de service public". Cette fusion s'apparente plus à la réduction générale des services publics à Annecy, tels que ceux-ci ont été construits (apr les majorités et les oppositions) depuis la fin de la guerre par nos élus, pied à pied, négociation après négociation, débats après débats ; qu'à un gain éventuel.

Pour devenir plus gros, Annecy fait le sacrifice d'une certaine vision du service public. Est-ce un prix juste ou est-ce un prix trop élevé ? Je crois que nous aurions été nombreux à aimer en débattre sereinement, librement, courtoisement autour d'une table. Mais à Annecy, ce n'est pas possible.

Depuis le début de ces débats sur les fusions (à 13, à 6), la seule commune qui n'a pas organisé de réunion publique, c'est Annecy ! Depuis ce début de semaine j'ai lu dans la presse que de telles réunions avaient été organisées à Pringy, Seynod, Cran-Gevrier. Mais à Annecy toujours rien...

Je sais bien que notre maire choit les personnes âgées et leur a déjà garanti un service public de qualité ++ (c'est la seule compétence non obligatoire qui sera maintenu dans la nouvelle agglo...). Il achète ainsi leur assentiment. Mais les autres : quand est-ce que vous allez enfin regarder ce dossier pour de vrai et comprendre que derrière les mots on parle de vos enfants (écoles, restauration, accueil périscolaire, activités extramunicipales...), de vos associations (sports, culture, loisirs...), de l'organisation de notre ville (urbanisme, déchets...) etc ?

Tout est redébattu dans l'indifférence générale. Des décennies de politiques publiques sont détricoquées sans vague, sans débat. Cela nous promet des lendemains qui déchantent... et des tensions récurrentes jusqu'en 2020.

 "Garantir un bon niveau service public"... ou "Bonne nuit les petits".

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