mercredi 9 mars 2016

Code du travail et avenir

J'ai pris conscience de l'importance de la Politique en 1994 alors que j'étais encore au collège au moment du CIP (contrat "Smic-jeune") de Balladur.
J'ai adhéré à un parti politique (de gauche à l'époque) au moment des discussions sur le CPE (contrat première embauche) en 2005 de de Villepin.

Aujourd'hui, en 2016, la jeunesse de France va redescendre dans la rue pour protester contre un projet de loi, celui de la Ministre El Khomri. Si ce projet ne tape pas directement sur la jeunesse comme les deux précédents, et s'attaque à tous les salariés, il n'en demeure pas moins qu'ils en seront les premières victimes. D'abord parce qu'ils ont le sentiment d'être sacrifiés : ils n'auront pas les mêmes droits que leurs parents. Ensuite parce que la facilitation des licenciements prônée par cette loi les touchera directement et de plein fouet.

La jeunesse a raison de se révolter contre un projet totalement disproportionné, qui fait la part belle à la flexibilité et n'accorde que peu de protections aux salariés. Il reprend les vieilles lunes d'un patronat du CAC40 dont le discours n'a pas évolué depuis Reagan et Thatcher, alors que nombreux ont été, depuis, les économistes et autres experts, jusqu'à l'OCDE et le FMI, à tourner un peu le dos à ces recettes qui n'ont jamais prouvé leur efficacité, nulle part.

Faire croire que la protection des uns (ceux qui ont la chance d'être en CDI) fait le chômage des autres est une aberration, une manière de monter les salariés les uns contre les autres, dans le cadre de la "bonne" vieille vision libérale des insiders/outsiders.

Cette proposition de loi totalement régressive ouvre pourtant deux chantiers bien plus importants:
- OUI, pour moi, il faut réviser le code du travail qui est trop complexe pour les PME. Cette révision doit être orientée d'abord dans l’intérêt des PME et de leurs salariés, et non pas pensée en négociation quasi-exclusive avec un Medef déconnecté des réalités. Ce code du travail doit donner plus flexibilité aux PME mais aussi plus de sécurité aux salariés. Le code du travail doit poser un cadre de protections correctes et laisser ensuite un volant de négociation interne dans les entreprises pour peu que ces négociations soient collectives et non pas individualisées.

- comment répondre au problème du chômage ? Evidemment le code du travail n'a pas grand chose à voir avec cette question, même si on essaie de nous faire croire le contraire. En France nous comptons 66.6 millions d'habitants au total. La population active occupée (celle qui travaille) est d'environ 28.6 millions de Français. Un Français qui travaille produit suffisamment de marchandises et de services pour répondre aux besoins de 2.4 Français. 
Si l'on regarde l'Histoire économique, c'est évidemment un progrès considérable ! Depuis un siècle, notre société a réussi à "se débarrasser" d'une partie du travail (notamment le plus pénible physiquement) que ce soit en réduisant le temps de travail de ceux qui travaillent ou en réduisant ce ratio de la capacité d'un travailleur à répondre aux besoins de ces concitoyens.

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Il faut se réjouir de ces chiffres. Ils sont le fruit de la mécanisation et de l'automatisation des chaines de production, mais aussi de l'augmentation énorme de la productivité (grâce en particulier à l'éducation et aux progrès de santé). Aujourd'hui 28.6 millions de travailleurs suffisent à produire les biens et services nécessaires à toute la population. Pour autant il reste des chômeurs, trop de chômeurs. Mais d'un peu de vue certes cynique mais réel, l'économie française n'a pas besoin d'eux. Pour qui, pour quoi voulez-vous qu'ils produisent puisque 28.6 millions de travailleurs produisent largement assez pour satisfaire nos besoins ?

Ces chômeurs ne sont pas utiles pour produire de nouveaux biens et services qui, de fait, ne trouveraient pas de débouchés puisque nous avons déjà tout ce qui est nécessaire. Leur situation de chômage n'est donc ni un choix ni la marque d'une paresse, mais bien le résultat de cette situation économique qui les dépasse largement.

Que faire ? Notamment si, comme je le pense, l'automatisation des tâches se poursuit, notamment en touchant de plus en plus le secteur tertiaire (des services), renvoyant au chômage de nouveaux travailleurs ? On le voit aux caisses de supermarché, aux péages d'autoroutes, chez Amazon... les machines remplacent les hommes (et les femmes). Je ne dis pas que le travail va disparaître, bien sur que non. Mais on sait que chaque année, à production constante, les seuls gains de productivité font perdre 150 000 emplois ! C'est la question de la répartition de ces gains de productivité qui est posée car si certes, les gains de productivité peuvent (comme ce fut le cas de 1945 à 1975) créer de nombreux emplois, cela est possible si une partie de ces gains sont redistribués à un grand nombre de consommateurs (comme ce fut le cas à cette époque grâce aux hausses de salaires régulières).

On peut diviser le temps de travail, encore pour que plus de personnes produisent autant, globalement. Mais il faudra surtout un jour se poser la question, plus fondamentale, du lien entre travail et  rémunération. Car si les travailleurs sont ceux qui produisent, ils sont aussi ceux qui consomment grâce à leurs salaires. Si le nombre de travailleurs occupés n'augmente plus, la production stagne et ceux qui n'ont pas de travail sont laissés en dehors de la société de consommation. Pendant ce temps ce sont les détenteurs du capital (des machines qui ont remplacés les hommes) qui engrangent les richesses, créant ainsi une inégalité de plus en plus forte.

Pour relancer l'économie, il faut ouvrir le chantier de la contribution du capital à la rémunération de tous, travailleurs et chômeurs. Il n'est pas normal, par exemple, que l'on paie des cotisations sociales pour un agent au péage d'une autoroute, et que l'on ne paie pas ces mêmes cotisations pour l'automate. Pour cela, il faut convertir le temps-machine en temps-humain et faire participer chacun à égalité. Ces ressources nouvelles pourront ensuite être redistribuées (sous forme de revenu minimum d'existence, d'allocations-chômage...) à tous, ce qui aura pour effet de maintenir, voire d'augmenter le niveau de croissance.

Si de plus en plus de capital font le travail, alors il faut bien repenser notre système de ponction pour financer notre modèle social en établissant une égalité sur les cotisations entre machines et travailleurs. On est bien loin de petits tripatouillages du code du travail pour soit-disant faire baisser le chômage...

1 commentaire:

  1. le but de cette nouvelle loi est d' en mettre encore plus dans les poches des patrons et des actionnaires en transformant le travailleur en mouchoir jetable. Vous avez raison, il est indispensable de faire participer le capital á la vie économique plutôt que d'en abuser.
    Stan

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