jeudi 17 décembre 2015

Mosquée : dit quand reviendras-tu ?

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C'était en 2004. Des individus mettaient le feu à la mosquée d'Annecy privant ainsi les musulmans de notre ville de leur lieu de culte.

Depuis 2004, la communauté musulmane cherche à reconstruire sa mosquée (2e mosquée construite en France après celle de Paris) pour continuer à vivre dans l'esprit de concorde et de respect qui était le sien avec tous les Annéciens pendant de nombreuses décennies.

Mais voilà, pour des raisons parfois réelles et évidentes, souvent teintées d'islamophobie, des riverains ont choisi d'empêcher cette reconstruction.

Oui, le quartier des Alpins est un quartier qui connait de gros problèmes de stationnement. Il serait bête de le nier et l'absence de parkings en nombre suffisant dans le projet de mosquée est une question qu'il faut avoir le courage de se poser. Oui, les premiers projet de mosquée, surement trop grands et d'une hauteur importante ont pu légitimement interroger et faire naître un sentiment de bétonisation et d'étouffement. Oui, au départ, la faible transparence sur les financements a créé un terreau fertile pour toutes les spéculations et les fantasmes de "main invisible" de puissances étrangères. Oui, l'absence d'implication de la mairie pour faciliter le dialogue entre riverains et musulmans, pour retourner un climat qui se dégradait, a ses responsabilités dans l'état de fait actuel. Oui, l'annulation de 3 permis de construire pour cette mosquée, pourtant délivrés par la ville, interroge sur le sérieux mis sur ce dossier et engendre nécessairement une méfiance de la part de ceux qui pouvaient n'être que sceptiques.

L'historique depuis 10 ans de ce renouveau de la mosquée, le passif qu'il traîne derrière lui est malheureusement lourd. De quelques habitants mus par des orientations politiques à connotation extrémiste, l'opposition à ce projet s'est propagé à des riverains plus modérés mais inquiets. Cette contagion s'est faite sur le lit d'un sentiment étouffement du quartier et d'isolement (parkings, urbanisme grandissant...) qui dépasse largement le cadre de ce seul projet. De ce point de vue, la mosquée paie l'absence de vision du politique et un aménagement de la ville délirant. Le second terreau fertile de cette propagation est l'abandon des hommes politiques : ce quartier a eu le sentiment d'être seul et effectivement la ville, par ses permis invalidés, a donné l'impression de se dédouaner totalement de questions légitimes. Elle n'a pas non plus voulu se mouiller réellement pour construire un dialogue et ramener la sérénité.

Tout cela est vrai et malheureusement, je suis intimement convaincu, que le mal est fait. Un nouveau projet est présenté par l'association Nouvel Avenir qui a tiré les leçons du passé et fait preuve d'une écoute et d'une transparence exemplaire. Mais le mal est fait. L'opposition au projet, et en réalité la volonté de plus en pus de riverains de voir partir définitivement la mosquée de la rue des Alpins, a pris une proportion qui m'interroge depuis plusieurs mois maintenant.

Ma vision concernant ce projet a toujours été simple et claire:
- les musulmans comme toutes les autres communautés religieuses d’Annecy ont droit à un lieu de culte digne, EN CENTRE VILLE.
- les musulmans d'Annecy ont droit de choisir le lieu d'implantation de leur mosquée
- le projet de mosquée doit évidemment être conforme aux règles d'urbanisme qui s'appliquent à tous.
- le contrôle de la teneur des prêches relève du ministère de l'Intérieur et de l'Etat. Il doit être intraitable contre toute forme de discours extrémiste.

Dès le rejet du dernier permis de construire par le Conseil d'Etat, face à cette opposition grandissante sur le quartier des Fins et étant donné le passif de ce dossier sur ce lieu, j'avais fait une proposition d'apaisement et de pragmatisme (que j'aurai assumée si j'avais été maire) : pourquoi ne pas trouver un accord avec l'association Nouvel Avenir pour qu'elle construise sa mosquée, intégrée à un projet plus global, route des Vignières, à l'emplacement des serres municipales actuelles qui vont déménager sur le terrain de Anciens Abattoirs.

J'ai compris que ni la ville, ni l'association n'avait voulu attraper au vol cette proposition et l'étudier sérieusement. Sincèrement je le regrette car elle me semblait une porte de sortie réalisable et acceptable pour tous plutôt que de s'entêter dans un quartier où le projet sera toujours plus difficile à faire accepter.

La ville et l'association ont voulu s'obstiner à implanter cette mosquée rue des Alpins. C'est leur droit et c'est pourquoi je me suis depuis tu. Mais je crois que ce choix conduit de nouveau dans un tunnel juridique sans fin qui nuit à la cohésion de notre ville et alimente tous les ressentis. C'est aussi en ne permettant pas la construction d'un lieu de prière digne pour les musulmans qu'ont les pousse à prier dans des lieux parfois sordides: caves, arrières-boutiques, etc... où le contrôle républicain des prêches est nécessairement plus difficile. Face à ce qui est vécu comme une injustice par des jeunes musulmans (l'absence de lieu de culte digne), la situation est critique et peu malheureusement mener au pire. C'est sur le terreau du sentiment d'injustice et d'inégalité que naissent bien souvent les vocations djihadistes.

Je crois que la possibilité de réfléchir à ce plan B existe toujours. Que si un projet bien pensé et largement intégré était proposé, certes à quelques pas de la rue des Alpins (route de Vignières) mais toujours en centre ville, construit en transparence et en lien direct avec les riverains, il serait largement accepté. Vous me direz : mais alors les extrémistes auraient gagné, la mosquée serait partie de la rue des Alpins. On peut voir les choses comme cela. Mais on peut aussi se dire que c'est en semant ainsi la pagaille et la discorde qu'ils sont en train de gagner. Les incendiaires de 2004 ne pensaient sûrement pas que leur acte, mû par une idéologie du rejet, serait à ce point un succès...

Oui, il y a dans ce texte une forme de fatalisme et de résignation. Il naît de mon impuissance (je ne peux que faire des propositions et rien d'autre) et du sentiment diffus mais réel que parfois les acteurs de ce dossier ne se rendent pas compte de ce qu'ils font, sur un sujet qui est devenu si brûlant.

1 commentaire:

  1. Il est urgent de développer la culture plutôt que les lieux de culte .
    L'augmentation du nombre de femmes voilées indique qu'il est nécessaire de défendre les femmes de l'oppression qu'elles subissent . Si l'état ne les défend pas qui le fera ? Trop facile de se culpabiliser . urgent d'affirmer nos valeurs, par trop de complaisance nous avons contribué à développer le communautarisme .

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