lundi 28 décembre 2015

Déchéance de nationalité : on arrête le cirque ?

Depuis quelque temps je me suis un peu éloigné, sur ce blog, des thématiques nationales pour me consacrer à la vie locale. Ce n'est pas parce que la politique nationale ne m'intéresse plus, bien au contraire. Non, mais je la trouve de plus en plus pitoyable.

Cette 5e République, avec sa monarchie républicaine, n'en finit pas d'agoniser et de créer des monstres démocratiques : FN, absence de débat au parlement (et donc émergence de "frondeurs"), zigzags de l'exécutif, réforme constitutionnelle en plein état d'urgence...

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La dernière trouvaille en date de l'exécutif : la déchéance de nationalité pour les binationaux terroristes. Je n'ai pas voulu commenter à chaud ce genre d'annonce dont on ne sait jamais trop si l'exécutif ne va pas faire machine arrière deux jours après... Mais non, çà dure et c'est n'importe quoi.

Plus que jamais, il faut être intraitable avec les terroristes qui attaquent notre pays. Oui, nous sommes en guerre contre des fanatiques qui veulent nous imposer leur terreur et leur vision rétrograde du monde. Bien sûr, l'Etat doit mettre tout en oeuvre pour éradiquer ce terrorisme, traquer ces assassins et les punir le plus sévèrement possible. La sécurité des Français est une priorité absolue.

Mais la déchéance de nationalité... Comment dire ? Reprenons du début.
L'idée de départ est de faire peser sur la tête des potentiels djihadistes français une menace tellement insoutenable qu'elle les ferait réfléchir à deux fois avant de passer à l'acte : leur supprimer la nationalité française. Franchement, ce n'est pas crédible. Ces fous furieux en ont rien à faire de leur nationalité. Et bien souvent ils sont morts après leurs actes : ils se moquent pas mal d'être enterrés français ou autre autre. Des dires mêmes du Premier Ministre, cette sanction sera inefficace.

Alors pourquoi la proposer ? Pour faire semblant de faire quelques chose. Pour donner l'impression d'agir, tout de suite, maintenant, quitte à prendre des décisions inutiles... C'est sidérant. Cela démontre bien l'état de délitement de notre démocratie, l'état d'effritement de nos institutions. On passe des jours à débattre de mesures inutiles... Comment voulez-vous que les Français croient encore en la Politique ? La politique n'est-elle plus qu'une question de postures, de spectacle ?

Et un spectacle populaire qui plus est ! C'est même écrit dans l'argumentaire envoyé aux parlementaires socialistes : cette mesure doit être soutenue car elle est populaire ! On nage en plein populisme, en pleine démagogie. Ah, il est bien loin le temps où un Mitterrand supprimait la peine de mort, alors encore soutenue par une large majorité de Français...

Alors, tout cela ne serait pas bien grave si deux éléments ne venaient pas s'y ajouter, cette fois-ci sur le fond.

1) D'abord la déchéance de nationalité est une manière d'exclure de la communauté nationale quelqu'un parce qu'il aurait commis un acte terroriste. Très bien. Mais c'est une mesure simpliste qui consiste à exclure sans plus se poser de questions. C'est une manière simpliste de répondre à un problème complexe. Entendez-moi bien, il ne s'agit nullement de chercher des circonstances atténuantes à ces criminels, mais bien de s'interroger sur le "pourquoi? " et le "comment?". Pourquoi des jeunes Français deviennent-ils terroristes ? Et comment cet endoctrinement, ces préparations ont été possibles? On n'a jamais soigné une maladie en cassant le thermomètre qui indique que l'on a de la fièvre. Un bon médecin cherche toujours les racines de la maladie pour l'éradiquer définitivement. En matière de Politique ce devrait être la même chose. Malheureusement cela prend du temps et nécessite des moyens. Eradiquer le terrorisme et le terreau qui lui permet de prospérer ce devrait être l'ambition ultime du gouvernement. On est bien loin d'une mesurette inutile comme la déchéance de nationalité.
Car au fond, si on poussait la logique jusqu'au bout, "une fois que l'on a franchi les limites, il n'y a plus de limite" comme dit le proverbe, pourquoi ne pas les supprimer "définitivement" de la communauté des hommes ? Pourquoi n'en rester qu'à la communauté nationale et les renvoyer dans d'autres pays ? En clair, pourquoi ne pas proposer cette ignominie que serait le rétablissement de la peine de mort ?

2) Cette idée de déchéance de nationalité est un virus d'extrême droite. Car derrière l'idée de façade elle véhicule une idéologie xénophobe. D'abord, la déchéance de nationalité (pour les terroristes qui seraient restés vivants) n'aurait de sens qu'avec un contrôle SYSTEMATIQUE aux frontières pour s'assurer que l'ex-Français ne reviennent pas. Comment contrôler tant de kilomètres de frontières ? Et surtout ce n'est évidemment pas souhaitable. Allons-nous nous replier sur nous-mêmes, vivre entre nous, parce que nous serions alors protégés de la "menace extérieure" ? Franchement ce n'est pas la vision du monde et de l'Humanité qui est la mienne. Ne pas tout accepter, certes, mais verrouiller les frontières : non.

Cette mesure de déchéance de la nationalité toucherait les binationaux. On se demande bien, au passage, ce que la nationalité a d'ailleurs à voir avec le terrorisme quand on voit que l'Etat Islamique recrute dans à peu près tous les pays, mais passons sur cette incohérence qui revient à vouloir désherber son jardin avec de l'aspirine "puisque çà éradique bien les maladies".... Cette mesure a quelque chose de nauséabond en ce sens où elle cible spécifiquement une partie des Français : les binationaux (que fera-t-on pour les terroristes "juste" Français?).
Ce qui devrait être une richesse (avoir deux nationalités, créer des ponts entre des pays) est donc vu comme potentiellement "dangereux". On retrouve ici les argumentaires d'extrême droite sur le manque de "loyauté" des binationaux qui ne seraient pas capables de "choisir leur camp". La déchéance de nationalité trimbale dans ses bagages l'idée nauséabonde de l'absence de "pureté". Les binationaux ne sont pas totalement fiables.

Dans les périodes de troubles (ici terroristes) il faut rétablir un cocon national protecteur : 1) en se barricadant derrière nos frontières , 2) en "purifiant" la nationalité de ceux qui vivent dans le cocon.

Si je ne doute pas de la sincérité du Président et du premier Ministre qui ne tomberont jamais dans de telles extrémités, je sais aussi que les majorités présidentielles changent... En laissant la porte ouverte à cette idée de déchéance de nationalité pour les binationaux, l'exécutif semble donner raison au FN et ouvre une voie très dangereuse pour l'avenir.

Parce que cette mesure est inefficace, qu'elle est un cache-sexe pour ne pas se poser les bonnes questions sur le terrorisme et la manière de l'éradiquer et parce qu'elle repose sur des fondements xénophobes, j'y suis fondamentalement et profondément hostile. Travaillons enfin sérieusement à éradiquer le terrorisme et laissons tomber la poudre de perlimpinpin ! 

1 commentaire:

  1. Je partage bon nombre de tes arguments.
    J'y ajouterai donc quelques remarques.
    D'abord l'essentiel. Notre République s'est constituée sur la base de valeurs Égalité, Liberté, Fraternité, et de la déclaration des Droits de l'Homme. Il n'y a donc place à aucune référence ethnique. C'est pourquoi la nationalité se fonde sur le droit du sol, celle ou celui qui est né ici est Français.
    Distinguer ceux qui ont des racines dans un autre pays, qui ont la double nationalité, des autres, est donc contraire aux fondements de la République française. Si le code pénal envisage bizarrement la déchéance de la nationalité ça n'est pas une raison pour l'inscrire dans la loi fondamentale, la Constitution. C'est alors créer une différence entre français selon l'origine. C'est revenir sur une des grandes avancées de civilisation que l'égalité, le droit du sol, l'absence de toute référence ethnique dans la constitution du peuple français.
    De plus envisager une telle transformation de nos fondements le lendemain même d'attentats meurtriers perpétrés par des criminels qui honnissent la République, l’Égalité entre les citoyens, hommes et femmes, la démocratie, c'est quelque part leur donner raison, et achever le travail. C'est engager une déconstruction de nos valeurs les plus progressistes dans un moment d'effarement, d'incompréhension, un temps où la pensée rationnelle est embrumée par une immense émotion. Le plus mauvais moment si on a l'intention de favoriser la réflexion, élever l'intelligence collective contre les sectarismes, les pensées irréfléchies.
    Enfin cette idée de déchéance de la nationalité appartient à l'extrême droite. La gauche, le Parti socialiste, François Hollande, avaient énergiquement protesté en 2010 lorsque Nicolas Sarkozy l'a reprise. Pas plus qu'il y a cinq ans on ne peut prétendre porter un quelconque combat contre l'extrême droite en reprenant une de ses plus emblématiques propositions.
    Gilles Ravache

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