mardi 18 août 2015

Une Europe à la dérive

Depuis des mois, j'assiste horrifié et incrédule aux spectacles donnés par l'Union Européenne.


D'abord (et évidemment sans commune mesure avec les autres points) ces morts par centaines de réfugiés en Méditerranée et la sensation que l'UE laisse l'Italie et les pays limitrophes bien seuls. Impossible de se mettre d'accord sur quelques menus arrangements pour faciliter la gestion de ces flux. Il s'agit ici d'êtres humains, de femmes, d'enfants et d'hommes qui meurent en fuyant l'oppression politique, religieuse ou économique. L'UE s'est transformée en camp retranché qui laisse construire des murs à ses frontières comme cela est le cas en Hongrie.

Ensuite, la crise grecque et sa gestion désastreuse par l'UE qui a, tour à tour, donné le spectacle d'une oligarchie s'opposant à la démocratie (en critiquant le référendum), d'une instance de l'austérité à tout prix et, en arrière fond, d'une inquisition de la morale jugeant les grecs fainéants et profiteurs. On a même été jusqu'à envisager sérieusement d'exclure un des enfants de l'Europe...

Aujourd'hui, la crise du porc et derrière cette crise agricole, l'incapacité de l'UE de gérer quoi que ce soit au niveau économique, (sinon en négociant dans le dos des populations des traités secrets comme le TAFTA) poussant ainsi des millions d'Européens dans la misère par ses réglementations ultralibérales dogmatiques, qui ont prouvé partout ailleurs dans le monde leurs inefficacités. Quand j'étais étudiant en économie, on étudiait les PAS (Plans d'Ajustements Structurels) du FMI imposés aux pays dit en développement (comme le Brésil ou l'Argentine). Aujourd'hui que le monde a ouvert les yeux sur les désastres de l'ultralibéralisme économique (même le FMI le dit pour la Grèce, c'est dire...), que les américains et les anglais sont enfin revenus des années Thatcher et Reagan, c'est l'UE qui devient la forteresse de ces dogmes.

Alors, tout n'est pas de la faute de l'Europe, c'est vrai. Mais l'absence de pilotage politique, de vision pour l'avenir de notre Europe conduit à des blocages insurmontables (impossibilité de lutter contre le dumping social, environnemental et fiscal; pas de politique monétaire; pas de politique comemrciale aux frontières de l'UE; pas de budget européen pour des ambitions et des grands travaux communs...). L'Europe nous a protégé de la guerre militaire (encore que, il suffit de regarder du côté des Balkans ou en Ukraine, même si on me rétorquera qu'ils ne sont pas dans l'UE... ils sont quand même en Europe). Mais nous protège-t-elle de la guerre économique, celle qui fait des millions de victimes ? Ouvre-t-elle encore un espoir pour l'avenir et la jeunesse ?

On me rétorquera encore que c'est parce qu'il n'y a pas assez d'Europe, que le processus n'est pas encore arrivé à son terme, qu'il faut encore du temps... J'entends ce discours depuis des décennies. Il me rappelle les vieux discours des responsables du PCF quand on leur parlait des goulags d'URSS et des droits de l'Homme : le processus n'est pas arrivé à son terme, un jour tout sera bien, nous serons au paradis. On sait comment a fini l'URSS... A force d'attendre les jours meilleurs, l'achèvement de la société communiste, les citoyens se sont rebellés et ont précipité la chute de l'URSS. Et si, le logiciel était pourri à la base ?

En lisant les Mémoires de Louis Mermaz "Il faut que je vous dise" (ancien ministre, président de l'Assemblée Nationale), j'apprends que François Mitterrand n'a pas toujours été un fervent défenseur de l'idée européenne. Il préconisait même, avant la décolonisation de l'Algérie, la création d'un espace économique (puis politique ?) entre la France et les pays de la Francophonie. Je me demande, si cette intuition de départ n'avait pas quelque chose de pertinent.

La francophonie : une seule langue, des pays tout autour du monde, économiquement complémentaires, des liens importants. C'était là la possibilité de solder définitivement l'héritage colonial en construisant du positif sur les ruines de cette page sombre de notre histoire (comme l'a fait l'Angleterre avec le Commonwealth). C'était peut-être aussi l'occasion d'offrir un autre modèle de co-développement économique pour tous les pays membres (dont la France qui a besoin de la croissance des pays du Sud pour continuer à croître). C'était certainement la possibilité de penser différemment les flux de migration Nord-Sud pour le plus grand bénéfice de tous. C'eut été un réservoir culturel et patrimonial extraordinaire.

En partageant une même langue, des cultures différentes mais entremêlées, nous pouvons penser ensemble un autre avenir en soldant le passé et en ouvrant un horizon de prospérité économique, culturelle et démocratique.

Les populations du monde entier sont lasses d'attendre des jours meilleurs. Les inégalités se creusent et les générations passent. Je ne crois pas que l'Union Européenne n'ait jamais rien fait pour ralentir cela. Je suis même de plus en plus enclin à penser qu'elle est bien souvent le porteur de ce projet au niveau du continent. Moi, l'enfant de l'Europe, comme beaucoup de Français qui ne sont ni xénophobes, ni franchouillards, j'en viens à douter sérieusement du projet européen. Il est peut-être temps de taper enfin du poing sur la table, de réellement faire avancer l'Europe pour les peuples car la cocotte eurosceptique continue à chauffer ... ou bien de reconstruire, avec d'autres, un autre espace de prospérité (seul cela est évidemment impossible).

1 commentaire:

  1. Merci pour ton analyse..
    Les partisans du NON au traité constitutionnelle de l'Europe, porte une lourde responsabilité de la situation actuelle.
    Cordialement. Pierre Micoud

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