samedi 8 août 2015

Soutenir nos agriculteurs: des solutions locales existent

Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs sont dans la rue pour dénoncer les conditions de rémunération imposées par les distributeurs, en particulier la grande distribution. Les agriculteurs veulent pouvoir vivre de leur travail, pas des subventions de l'Etat. Ces revendications sont justes et légitimes. Je les soutiens pleinement.

Vous connaissez mon attachement au monde paysan, par mes racines familiales. L'agriculture française est une fierté, avec certes parfois un modèle productiviste qui reste à améliorer, mais de nombreux efforts ont été faits. Et puis nous n'en sommes pas encore au "modèle" allemand (si souvent montré en exemple) des fermes des 10 000 vaches, 50 000 cochons ou autres entrepôts gigantesque à poulets, avec des animaux qui ne voient jamais la lumière naturelle et ne fouleront pas un lopin de terre végétale.

Les règles de la mondialisation, reprise sans aucun complexe par cette Europe ultra-libérale, tuent notre agriculture. Le droit des peuples à l'autosuffisance alimentaire, leur droit à édicter des règles de progrès écologique et de respect animal, doivent rester inviolables, au-dessus des marchés. C'est le rôle du gouvernement d'aller redire ces vérités à des idéologues libéraux qui n'ont jamais mis les pieds ni dans une ferme ni dans une usine, sinon entourés de caméras et de tout un arsenal de personnes en costume cravate.


Mais localement nous devons aussi agir pour contourner les circuits de distribution classiques et créer un autre rapport entre les consommateurs et les producteurs. Les AMAP et toutes autres initiatives allant dans ce sens sont à saluer. Mais il s'agit, si j'ose dire, de passer à la vitesse supérieure, de toucher plus de monde.

C'est dans cet esprit que je porte toujours et sans relâche, avec l'équipe qui m'avait accompagné lors des élections municipales, un projet de Halle des producteurs locaux, dans le bâtiment du manège aux Haras. Ce lieu, véritable marché couvert, ouvert tous les jours, serait un lieu à "échelle plus large" de rencontre, de dégustation, de vente, entre les producteurs et les consommateurs, entre les urbains et les ruraux.

Ce lieu, dont la gestion pourrait être innovante (coopérative ? associative ? entre consommateurs et producteurs), en plein cœur de la ville, dans un endroit qui ainsi deviendrait enfin vivant, n'est pas une solution d'affichage marketing. C'est une partie de la solution locale au malaise réel de nos agriculteurs. En créant un lieu de vente clairement identifié, attractif, nous créons un nouveau circuit de distribution "à grande échelle" s'appuyant sur les expériences des circuits-courts tout en l'aménageant pour toucher le maximum de population. Et de touristes... puisque ce lieu pourrait devenir le TEMPLE de l'agriculture haut-savoyarde. 

Avec ce projet de Halle des producteurs locaux, projet économique, touristique, culturel, gastronomique et patrimonial, nous souhaitons construire un autre modèle de consommation POUR TOUS, impliquant une autre relation directe entre les personnes, loin des schémas anonymes des grandes surfaces.

Nous sommes bien loin du projet de Halle gourmande (même si vous remarquerez que les mots sont volontairement proches) défendu par la majorité. Derrière ce terme, il s'agit en réalité d'un restaurant-brasserie haut de gamme, pour RICHES, qui eux seuls auront droit à l'excellence de notre gastronomie haut-savoyarde. Un lieu élitiste, snob, où il fera bon être vu, mais où ni les agriculteurs, ni les Annéciens ne pourront jamais se payer un repas. Cette volonté d'embourgeoiser les Haras, parce que, pour eux, ce lieu magnifique doit être réservé à des personnes magnifiques (comprendre : riches) est à l'opposé de la vision que je porte pour ce lieu, et pour Annecy.

On peut toujours tenter d'embrouiller les gens en reprenant des mots, on peut toujours habiller ses projets sous des vernis de gastronomie locale, la réalité reste pourtant bien là : entre notre projet de Halle des producteurs locaux et le projet de Halle gourmande de la majorité, il y a un abîme qui nous interdit même de les comparer tant leurs logiques sont opposées.

L'enjeu, à Annecy, c'est de participer à la définition de cette agriculture de demain en coopération avec tous les acteurs. C'est une vision bien plus haute, à longue vue que nous devons porter collectivement pour les Annéciens et nos agriculteurs. 

Face aux difficultés, il nous reste l'imagination et l'innovation. C'est aussi cela que l'on attend de la Politique. 

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