lundi 20 avril 2015

Valoriser notre patrimoine historique

J'aime l'Histoire, celle avec un grand H comme tout le monde, mais surtout celle des gens, de la réalité quotidienne. A ce propos, je vous conseille la lecture des Mystères de Paris d'Eugène Sue (enterré à Annecy), véritable histoire populaire du milieu du XIXe siècle. Les américains sont très forts dans ce style, en particulier l'Histoire populaire des Etats-Unis d'Howard Zinn.

J'ai donc profité de mon dimanche en famille pour visiter le château de Thorens (photos ci-dessous). J'avoue que je n'étais jamais rentré. Il est magnifique, à la fois bucolique dans sa vallée, mais avec un faste tout en retenue. J'adore ! Notre territoire, la Savoie, est riche d'un patrimoine historique important. Abbaye de Hautecombe, château de Miolans, forts de l'Esseillon, Montrottier, Château des Ducs, Château d'Annecy, etc...






Il faut d'abord saluer le travail réalisé par les propriétaires, souvent privés, pour entretenir ce patrimoine et l'ouvrir au public.

Pourtant, je trouve que notre patrimoine historique est trop peu valorisé, très méconnu. Les conseils départementaux, en particulier, (malgré les grands discours sur l'héritage du passé) semblent s'en détourner totalement.
Pourquoi cette indifférence alors que notre région compte un patrimoine et une histoire si riches ?

Je crois qu'il existe trois raisons majeures:
1) La méconnaissance de cette réalité historique. Dans la tête de bon nombre de gens, et de beaucoup de nos élus, la Savoie était une terre pauvre, ballottée de royaumes en royaumes, avant finalement d'être rattachée à la France en 1860. Les histoires des petits ramoneurs et autres clichés (ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas un fond de vérité) ont forgé une image parfois déformée. Combien de fois n'ai-je pas entendu qu'avant d'être française la Savoie était italienne ? C'est évidemment faux, mais il est toujours difficile de continuer à raconter l'Histoire d'un pays qui a aujourd'hui disparu, comme auto-détruit pour forger le ciment d'une nouvelle Europe (l'éclatement du Royaume de Savoie-Piémont-Sardaigne est l'un des derniers bouleversements géopolitiques en Europe de l'Ouest puisqu'il permettra la création de l'Italie et la définition des frontières actuelles de la France). Il ne s'agit pas d'embellir cette histoire, mais il ne faut pas non plus la galvauder. Et si au moins les élus pouvaient ne pas commettre ce genre d'erreur historique...

2) L'enrichissement rapide lié aux sports d'hiver au cours du XXe siècle a comme "effacé" l’histoire d'avant. Celle de la paysannerie mais aussi celle des usines et du monde ouvrier notamment sur le bassin annécien. Pourtant, si la gauche notamment se souvenait parfois de ces réalités, cela lui éviterait de dire des bêtises sur un territoire immuablement à droite par exemple... (combien de députés de droite en Haute Savoie sous la IIIe République ?)

3) Le brassage de population n'est pas propice au maintien d'une mémoire verbale concernant l'histoire d'un territoire. L'Histoire des Comtes, puis Ducs de Savoie, ainsi que des princes de Piémont et rois de Sardaigne, histoire millénaire, est bien renseignée, comme souvent. Mais l'Histoire locale, celle qui est dans les têtes, pas dans les livres, s'efface peu à peu comme pour oublier les décennies parfois plus difficiles. Certes, des sociétés savantes, et il faut rendre hommage à leur travail très important, font un gros travail de mémoire. Mais cette histoire-là reste confidentielle, quand elle n'est pas réécrite par quelques révisionnistes. L'Histoire de notre territoire, au cœur de l'Europe, portier des Alpes, est une histoire de brassage de population. Ce territoire est fait depuis toujours de métissages, de mélanges. C'est ce qui fait sa richesse et son dynamisme économique.

L'histoire ne doit pas être réservée à quelques historiens, ni à quelques mouvements politiques trop souvent conservateurs. Elle appartient à tous les Savoyards qui doivent la retrouver et se l'approprier (faut-il un enseignement scolaire?). Non pas pour regarder en arrière, mais pour retrouver des racines et savoir d'où l'on vient et qui nous sommes. Après les années d'abondance liées aux sports d'hiver et à la croissance du tourisme, il s'agit d'accepter notre passé pour en faire un véritable atout pour l'avenir.

Le passé éclaire le présent. Savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va, cela évite de faire des erreurs. Au moment où l'on parle de réformes territoriales, de fusions, d'agglomération franco-genevoise, de sillon alpin,etc... ces réalités historiques, gravées dans l'inconscient collectif ressortent parce qu'on n'oublie jamais totalement son histoire même quand elle semble endormie.

Dans notre programme municipal, nous avions émis l'idée de mutualiser l'ensemble des musées (à vocation historique) de Savoie pour créer une sorte de grand musée savoisien décentralisé (musée de Chambéry, d'Annecy, St Jean de Maurienne, Conflans, Thonon, Chamonix, Bonneville...). Chaque lieu pourrait ainsi bénéficier des collections des autres (et les faire tourner) dans une même structure juridique, tout en développant en parallèle des thématiques plus locales : l'alpinisme à Chamonix, l'industrie (manufacturière, image, animation...) à Annecy... Il faut rendre notre offre patrimoniale plus lisible et plus visible. Voilà un enjeu fort pour notre tourisme et pour les habitants locaux. Avis aux conseils départementaux...

1 commentaire:

  1. J-Ch Vandenabeele Annecy-le-Vieux27 avril 2015 à 22:40

    Oui, le passé éclaire souvent le présent. C'est l'un des intérêts de l'Histoire (passionnante, l'Histoire des Savoie).
    Mutualiser peut-être, le problème étant que ces structures à caractère historique sont assez souvent gérées par des associations autonomes, bénévoles ou familiales.
    Un savoyard d'adoption (dont l'épouse avait son AR grand-mère cuisinière au château de Thorens...)

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