mercredi 18 février 2015

Loi Macron et recours au 49-3

J'ai suivi hier les débats à l'assemblée nationale pour le vote solennel de la loi dite "Macron". Le psychodrame qui s'est joué hier n'est que le requiem d'une 5e République, régime mi-présidentiel mi-parlementaire (qui cumule donc les inconvénients des deux systèmes sans arriver à conjuguer leurs avantages), agonisante.

Les acteurs de ce psychodrame sont connus : d'abord les figurants, à savoir les députés des groupes UMP, UDI et Front de Gauche qui font monter la pression, les uns avec la force de leurs convictions (respectables au demeurant), les autres avec la malhonnêteté des mauvais acteurs qui récitent un texte qui n'a de sens que politicien puisque sur le fond ils sont majoritairement d'accord.

Ensuite les acteurs principaux. D'un côté le gouvernement, de l'autre les députés frondeurs. Chacun jouant la partition de la division (je dis bien chacun). Car ce qui s'est joué hier s'analyse sur plusieurs plans.

-D'abord le plan purement politique politicien : le congrès du PS aiguise les revendications de part ET d'autre car si les frondeurs souhaitent galvaniser leurs troupes militantes, le gouvernement souhaite lui obtenir une direction du parti "godillote". Chacun divise.
- Ensuite, sur le plan idéologique (et contrairement à certains commentateurs ce n'est pas pour moi un gros mot, faire de la politique c'est aussi avoir une idéologie) : le social-libéralisme blairiste du gouvernement et d'une majorité de députés PS s'oppose à une "autre gauche" qu'on a d'ailleurs du mal à qualifier tant les frondeurs réunissent des "tendances" idéologiques différentes (parfois convergentes, parfois divergentes entre tenant d'un néo-marxisme, d'un néo-colbertisme, d'un néo-keynésianisme...). Question : ces deux visions peuvent-elles coexister ?
- Enfin sur le plan institutionnel : le pouvoir exécutif (le gouvernement) par le recours au 49-3 s'est opposé violemment au pouvoir législatif. La présence dans la constitution d'un tel mécanisme de passage en force est pour moi une aberration qu'il faut supprimer.

Le plan institutionnel pose une question bien plus importante en vérité, celle du rôle des élus dans une 5e République qui, à l'origine, se voulait méfiante vis-à-vis des partis politiques et qui, au fur et à mesure s'est transformée en un édifice construit AUTOUR des partis (et principalement des deux partis principaux). La légitimité des élus (députés ou simples élus locaux) vient-elle du fait qu'ils ont été élus sur des étiquettes politiciennes et qu'ils doivent donc allégeance au "chef", au parti ? Ou bien les partis ne devraient-ils pas être des moyens de porter des élus au pouvoir par la légitimité des urnes ?

Personnellement j'adhère à la seconde vision. Les partis devraient être d'abord des lieux de débats qui regroupent des personnes qui ont une idéologie commune. Un parti au fond c'est un segment, un morceau d'idéologie, avec des bornes. Soit la personne adhère, dans les bornes, à l'idéologie et elle peut appartenir au parti sinon elle choisira un autre parti. Mais l'idéologie n'est pas l'action... L'action, elle se décide par les élus sous contrôle de leur adéquation avec l'idéologie. Il y a un contrôle a priori, c'est ce que l'on appelle les programmes électoraux. Il y a ensuite un contrôle a posteriori : via les échanges avec les adhérents. Mais il y a toujours une marge de liberté pour les élus car ils tiennent leur légitimité du peuple, pas des partis. D'où l'autre importance des partis politiques : la sélection des élus.
La seule chose que l'on doit demander aux élus (gouvernement ou frondeurs) est : votre positionnement politique est-il toujours compatible avec le segment idéologique qui caractérise le PS ? Mais pour cela, il faudrait encore savoir où sont les bornes de ce segment...

Les choses seraient tellement plus simples si on faisait comme partout en Europe, qu'on adopte enfin un vrai régime parlementaire avec un Premier ministre qui tient sa légitimité des députés et doit donc animer sa majorité et créer les conditions de la majorité; des députés plus responsables de leurs actes devant leurs électeurs et représentants "locaux" de la politique menée à Paris.

Ce qui restera comme manque de la présidence Hollande est cette absence d'ouverture d'un vrai débat autour du passage à la 6e République. La constitution, c'est la règle du jeu de notre démocratie. Et la règle du jeu actuelle fait que l'on ne s'amuse plus à voir se dérouler le jeu politique complètement décalé face aux préoccupations des Français. Faudra-t-il attendre que cette constitution accouche de la bête immonde, par dépit des Français, pour la changer ? J'ai bien peur que ce soit le chemin que nous soyons en train d'emprunter...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire