mardi 3 février 2015

Annecy ville intelligente, mille fois oui !

Lundi soir en conseil municipal, une délibération nous a été présentée pour engager notre ville vers la ville du futur (ou smart city). Cette stratégie vise à rendre Annecy véritablement connectée mais pas que... à moyen terme. Vous trouverez ci-jointe mon intervention en soutien à ce projet (pour lequel une demande de subvention européenne a été également déposée). Je signale au passage (c'est assez rare pour le souligner) que l'amendement demandé a été accepté et que la promesse nous a été faite de la création d'un comité de pilotage auquel nous serons associé.


"M. le maire

vous nous proposez ce soir de délibérer pour engager Annecy dans une stratégie de ville du futur. Cette démarche, déjà initiée dans d’autres villes et je pense notamment à la smart city lyonnaise, est à l’interaction entre trois piliers forts : le social, l’environnemental et l’économique. Cette stratégie, n’est pas la mise en place d’outils technologiques même si elle s’appuie sur les technologies modernes de l’information et de la communication. Elle doit être vue comme une réflexion puis un ensemble d’actions allant vers une plus grande efficacité de la dépense publique, une modification des comportements collectifs et individuels dans le respect de notre planète, de la liberté de chacun et des deniers publics.

Il existe en réalité, pour notre ville, deux axes de travail

- Le premier axe porte sur ce qui relève de ses prérogatives propres : ses bâtiments, son personnel, le lien avec les citoyens, l’e-administration, l’open data, l’organisation des transports et la régulation du trafic routier, les marchés publics… C’est déjà en soi un enjeu considérable. Mais notre ville a su relever bien d’autres défis par le passé et je ne doute pas des capacités et de l’envie du personnel municipal d’accompagner ces changements qui sont nécessaires et utiles. Cette évolution devra être accompagnée par de la formation notamment pour qu’aucun personnel ne reste sur le bord de la route. C’est une condition de l’acceptabilité de cette stratégie.

Ce premier axe nécessite également un engagement plein et entier de la part du conseil municipal qui présuppose l’adhésion réaliste mais résolue d’une large majorité en vue de transformer cette stratégie dans des réalisations à inscrire dans nos budgets. Vous aurez compris qu’en ce qui nous concerne, nous sommes acquis à cette stratégie et à son déploiement le plus rapide possible. Nous notons avec satisfaction que la délibération propose « de faire des objectifs de cette stratégie un critère de choix pour orienter la concrétisation des projets municipaux à engager ».

Ce premier axe devrait aussi porter sur le lien entre citoyens et administration publique. Des applications pour des services aussi variés que l’inscription en crèche, le paiement de sa facture d’eau, la réservation d’un repas au Ritz, des demandes d’état civil devront venir faciliter la vie et l’interaction entre les citoyens et l’administration. Mais ce lien nouveau, plus facile, ne doit pas s’arrêter à la seule administration. La participation citoyenne aux prises de décision politiques doit aussi être prise en compte et encouragée. La ville du futur, ce ne sera plus des élus qui se font élire lors d’une campagne et qui ensuite s’octroient tous les pouvoirs pendant 6 ans. Dans la ville du futur, les citoyens deviendront des co-acteurs de la décision publique grâce à des plateformes de démocratie participative avec tables rondes virtuelles, sondages, forums, suggestions, signalement d’un problème, dépôt de projets, etc…

Pour renforcer ce point qui me semble trop peu explicité dans la délibération qui nous est proposée, je propose un amendement au 3e objectif proposé : « Faciliter la vie et l’implication du citoyen, lutter contre les inégalités sociales et favoriser la démocratie locale ». Il me semble qu’ainsi cet oubli serait réparé et servirait lui aussi de critère de choix pour orienter la concrétisation  des projets municipaux futurs.

- Le second axe que devra suivre la ville relève de son pouvoir de persuasion, d’entrainement et d’animation de son territoire. La stratégie de « ville du futur » touche, je viens de le dire, l’administration de la ville, mais elle doit aussi s’étendre à la sphère privée, à celle de l’économie, de l’innovation et de la recherche. C’est ici un formidable gisement d’emplois pour l’avenir car beaucoup de choses restent à inventer dans ce secteur à forte valeur ajoutée. Sur ce point-là, deux stratégies sont possibles : soit attendre et regarder passer les trains, ceux de l’innovation qui se fera dès lors ailleurs, aux USA, en Chine, ailleurs en Europe… en argumentant que la sphère privée est bien assez grande pour se mettre en mouvement toute seule. Ou bien alors se dire que notre territoire possède des atouts exceptionnels pour devenir un acteur majeur sur ce terrain de la ville intelligente. 

Je pense ici aux initiatives prises par des entreprises locales en termes de domotique (Somfy), de mécatronique, d’énergies renouvelables (INES), de cuisines intelligentes (Fournier)… Ou bien encore au label Annecy French tech. Mais je pense aussi à ce vivier de graphiste, de webmaster, de créateurs, d’experts qui travaillent autour de l’image en mouvement et qui possèdent des savoirs et des savoir-faire qui sont redéployables dans une nouvelle industrie complémentaire autour de la smart city. Imaginer et encourager l’économie de demain, offrir de nouveaux débouchés et de nouveaux emplois à forte valeur ajoutée : c’est aussi cela le rôle d’un élu local. Pour cela nous avons la possibilité d’impulser, d’initier des rencontres, de mettre en mouvement des acteurs locaux dans une vision de la ville stratège, pilote de l’avenir de son bassin dans une coopération constructive avec le privé. Mais la ville elle-même peut devenir la vitrine de ces innovations, le lieu de tests grandeur nature pour des innovations de demain. En permettant que notre ville s’engage résolument à devenir le "showroom" d’une filière par des essais qui seront soit appelés à conquérir le monde soit appelés à être abandonnés nous ouvrons la voie du futur, un futur plus sobre en consommation de matières premières, plus riches en échanges culturels et citoyens, plus ouvert au débat, à l’échange et au vivre-ensemble.

Tout cela sera long, oui. Et l’enthousiasme de ma jeunesse m’emporte peut-être au-dela de la volonté de la majorité actuelle. C’est néanmoins cet horizon qu’il s’agit ce soir d’ouvrir, celui de la 3e révolution industrielle, certes plus connectée (et il faudra pour cela accompagner nos concitoyens les plus éloignés de ces technologies) mais aussi plus respectueux de l’environnement et, peut-être paradoxalement, plus humain. Je ne suis pas de ceux qui blâment notre modèle de développement depuis la fin de la guerre malgré ses défauts, mais je ne serai pas non plus de ceux qui le regretteront. Comme tout changement, cette stratégie de ville du futur provoque des interrogations, des craintes, des méfiances. 

Mais aucun outil technologique n’est ni bon ni mauvais en soi, il sert les objectifs que les hommes lui assignent. On a craint l’usage des données personnelles avec l’introduction de la carte bleue, des téléphones portables, d’internet… c’est vrai qu’il faut des règles et des lois pour protéger la vie privée des gens. Mais aujourd’hui plus personne ne reviendrait en arrière. Je suis tout aussi confiant pour l’avenir de nos villes. La réalité connectée, virtuelle n’est pas l’adversaire de la réalité physique en témoignent les usages faits  aujourd’hui par nos jeunes. Elle peut en être le complément le plus utile.

Nous voterons donc avec enthousiasme, mais conscient des efforts à faire et des limites à poser, cette stratégie de ville du futur que vous nous proposez. L’opposition constructive que nous incarnons souhaite pouvoir être associée à ce projet, au sein d’un comité de pilotage à mettre en place par exemple ? Histoire de construire ensemble cette nouvelle voie pour les Annéciens.


Denis Duperthuy"

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