mercredi 14 janvier 2015

Recréer la Nation française

Les événements de la semaine dernière à la fois à Charlie Hebdo, à Montrouge et à l’Hyper Casher doivent être condamnés avec la plus grande fermeté. Rien, je dis bien rien, ne peut justifier que l’on assassine des gens. Ces terroristes sont des meurtriers qui ne méritent aucun pardon, aucune circonstance atténuante. Aucune raison aussi douloureuse soi-elle ne peut être retenue pour minorer leurs actes odieux. Je le dis à ceux qui, ici ou là, cherche à « expliquer » ce passage aux actes.

Oui, visiblement ces terroristes étaient issus de milieux populaires, de banlieues, de minorités trop souvent stigmatisées. Mais ils ne sont pas les seuls ! Et ces réalités, bien qu’elles doivent être analysées et corrigées, ne justifieront jamais à mes yeux une telle barbarie.

Acte terroriste = terreau fertile + acte déclencheur

Dans la « création » de ces terroristes, il y a certes une vie dans un « terreau fertile » nul ne le nie. Cette réalité existe pour des milliers de personnes qui heureusement ne deviennent pas terroristes pour autant. Mais il existe aussi un « élément déclencheur » pour passer à l’acte terroriste : ici visiblement un endoctrinement par un imam intégriste. Nous avons donc deux types d’actions à mettre en place : une pour « éradiquer » l’élément déclencheur. J’en ai parlé dans mon précédent texte cette responsabilité incombe certes à la République qui doit contrôler les discours d’appel à la haine, mais aussi aux responsables religieux qui doivent se structurer. Le second type d’actions concerne la « stérilisation » de ce terreau fertile.

Une phrase d’un commentateur télé m’a beaucoup fait réfléchir depuis quelques jours : « Ces jeunes n’ont pas trouvé de raison de vivre, alors ils se sont inventés une raison de mourir ». Cette phrase parle bien entendu pour ces événements particulièrement tragiques, mais elle raisonne plus globalement dans notre société. Pourquoi vit-on ? Pourquoi vit-on ensemble ? Quelles sont les valeurs que la société valorise ? Que sont ces valeurs républicaines tant défendues par les manifestations ? Des valeurs égoïstes (je protège MA liberté) ou des valeurs collectives ?
Fait-on encore Nation tous ensemble alors que de plus en plus on parle de « communauté musulmane », « de communauté juive »… ?


Un gouffre entre la société réelle et la République

Je crois personnellement que tout collectif humain a besoin d’une organisation, d’une structure (la République), qui soit l’incarnation de la société, du collectif, de ses valeurs et de son esprit (la Nation). Mon analyse est qu’il existe aujourd’hui une vraie disjonction entre les lois de la République et la réalité de la Nation. La République continue de se proclamer une et indivisible par exemple. Or en réalité, la Nation s’est fragmentée, elle s’est disloquée. Derrière les principes, auxquels chacun a voulu continuer à croire (et auxquels il faut continuer de croire) se cache une réalité bien différente. On continue à fantasmer une société française qui n'existe plus, et nos institutions cachent  (et se cachent) cette réalité.

Les valeurs portées par la République ne sont plus celles qui sont valorisées par la Nation. Le mérite n’existe plus beaucoup, la valorisation des savoirs et des connaissances (des esprits libres) non plus, le savoir-faire des artisans, encore moins. La société valorise en réalité la réussite personnelle, l’enrichissement rapide et sans effort (télé réalité), des valeurs matérialistes pour un système économique capitaliste qui proclame l’égalité richesse = bonheur. Ces pseudo-valeurs ne font pas le bonheur des gens et ne donnent pas de raison de vivre ou de s’en sortir. Elles sont des miroirs aux alouettes, sans fond, sans éthique, sinon celle de la lutte de tous contre tous.

Pour une nouvelle étape de la laïcité

La promotion de la laïcité doit être repensée. Nous devons passer de la laïcité protectrice contre la mainmise des religions sur les consciences à une seconde phase (cumulative), celle de la laïcité promotrice d’une éthique républicaine.

Ce que ces événements tragiques nous apprennent, c’est que les êtres humains ne peuvent vivre sans éthique (attention je n’ai pas dit sans morale) c’est-à-dire sans raison de vivre. Ce « travail » de promotion de l’éthique était autrefois confié aux religions. Il nous faut aujourd’hui construire une éthique républicaine donc laïque, émancipatrice et évolutive, avec une vraie échelle de valeur qui permette de donner à tous, une raison de vivre et d’espérer.

Cette éthique républicaine, c’est bien sûr l’acquisition des valeurs républicaines (et le rôle important de l’école qu’il faut ici repenser) mais c’est aussi l’instauration de « rites » républicains. Je pense ici par exemple au service civique généralisé pour faire passer chaque Français(e) par un rite républicain de cohésion nationale. Je pense aussi au fait de revoir l’attribution de la légion d’honneur (pour arrêter de la donner « à n’importe qui »). Je pense aussi à une réelle réflexion sur l’évolution des institutions et faire du droit de vote un devoir républicain. Je pense encore à la nécessité de maintenir des moments collectifs de rencontre et de discussion (d’où l’extrême attention à ne pas casser le repos dominical)… Il faut réinstaurer des rites, des actions que l’on fait tous ensemble parce que nous sommes Français (et non pas seulement musulman, chrétien ou juif).

Réinsuffler un patriotisme (pas un nationalisme !) intelligent, porteur de valeurs et de sens pour que, quels que soit son milieu d’origine, son histoire personnelle, ses croyances ou convictions, on se retrouve ensemble de temps en temps pour faire une même chose, c’est recréer une véritable Nation. C’est ainsi que nous comblerons en partie le vide, l’absence de valeurs, qui traversent aujourd’hui notre société et qui nous rendent si pessimistes et grands consommateurs d’anxiolytiques. Les valeurs du capitalisme ont fait la preuve depuis longtemps qu’elles ne répondent pas aux attentes de sens les plus intimes de notre société.

La France doit redonner du sens à son contrat social. Elle doit retravailler le ciment (les valeurs et les rites) de sa Nation, pour lutter contre l’endoctrinement de certains de ses enfants (qui trouvent une raison de mourir là où ils n’ont pas trouver de raison de vivre), mais aussi pour redonner une raison de vivre, et de vivre ensemble à tous les Français(es). Le temps d’une société bâtie sur le sable des valeurs matérialistes de l’argent-roi est révolu. Il est venu le temps de reconstruire sur du dur. Malraux avait dit : le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas. Il avait raison. A nous de savoir si on souhaite laisser aux seules religions (je ne dis pas qu’elles ne participeront pas à la construction de chaque éthique personnelle, c’est la liberté de chacun) le travail de construire cette mystique-là. Ou pire, laisser des doctrines totalitaires le faire à notre place. Ou bien si l’on considère qu’être Français c’est aussi adhérer à une éthique républicaine, laïque, émancipatrice et évolutive qu’il nous reste à construire en partie.

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