vendredi 23 janvier 2015

La BCE prend une décision historique


Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne (BCE), vient de faire prendre au conseil d'administration de l'institution une décision historique et salutaire pour l'économie et l'emploi.

La BCE rachètera, d'ici à septembre 2016, près de 1140 milliards d'euros de dettes publiques pour soutenir l'économie. De quoi s'agit-il ?

Les Etats de l'Union se sont endettés auprès de banques privées qui possèdent donc des créances de la part de ces Etats. La BCE a décidé de racheter une partie de ces créances aux banques (marché secondaire). En se débarrassant de ces créances, les banques retrouvent des liquidités (des euros sonnants et trébuchants) qu'elles pourront de nouveau prêter soit aux Etats, soit aux ménages, soit aux entreprises. Cette décision correspond effectivement à une injection massive (1140 milliards d'euros cela correspond à plus de 50% du PIB français) d'euros dans le système économique, ce qui aura pour effet:
- relancer le crédit et donc la consommation et la construction immobilière
- potentiellement de faire un peu d'inflation (hausse des prix), ce qui n'est pas gênant en période de quasi-déflation.
- faire baisser le taux de change de l'euro (plus abondant donc moins cher) par rapport aux autres monnaies mondiales (dollar, CHF, yen...) : c'est bon pour nos exportations !

Cette décision de "monétiser" une partie des dettes publiques n'est pas un cadeau fait aux Etats (rien à voir avec la possibilité pour la BCE d'accorder directement des prêts aux Etats à taux réduit). En effet, ceux-ci doivent toujours rembourser leurs dettes, non plus aux banques, mais directement à la BCE. Mais cette décision allège un peu la contrainte de solvabilité qui pèse sur les Etats vis-à-vis des banques qui seront plus favorables à leurs octroyer de nouveaux prêts.

L'Allemagne (qui a voté contre ce rachat) aurait raison de s'alarmer sur le risque de déresponsabilisation des Etats, si les nouveaux traités européens n'instituaient pas un contrôle des budgets des pays. Or, depuis quelque temps, les Etats sont tenus par l'UE de faire attention pour ne pas s'endetter "inutilement".

La période actuelle était largement propice à cette décision : croissance atone, risque de déflation, baisse du prix du pétrole (donc du prix des importations), réformes structurelles effectuées dans de nombreux pays. Il ne restait qu'un frein politique et psychologique.

Il faut ici saluer le travail des nombreux Etats, dont la France et l'Italie, qui ont permis ce compromis. L'UE, par cette décision historique, devient un peu plus qu'une seule union économique. Mario Draghi a su faire évoluer la vision très (trop) libérale de la BCE vers plus de pragmatisme.

Certes, cette seule décision ne peut tout régler. Mais sans elle, il n'y avait pas de sortie possible de cette période de stagnation économique. Place maintenant (je l'espère) à la mise en oeuvre de ces fameux euro-bonds pour financer les grands projets d'investissements européens dont on a tant besoin pour relancer la machine économique (notamment l'économie verte).

Comme quoi, l'économie c'est d'abord de la politique !

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