lundi 26 mai 2014

Européennes : quelques réflexions personnelles

Les élections européennes ont vu une écrasante victoire du FN sur toute la France. Depuis de nombreuses années maintenant, le vote frontiste s'implante et constitue aujourd'hui une force politique qu'il s'agit de combattre mais aussi d'analyser pour mieux répondre aux attentes de ses électeurs.


Le vote FN, loin d'être un vote fasciste (même si une petite partie de son électorat adhère à des thèses fascistes) est un vote qui repose, je crois, sur deux ressorts:
- la peur de demain
- le rejet des institutions (au sens large, y compris la classe politique et ses méthodes).


La question de savoir si, une fois élus, les élus frontistes font autre chose que ce qu'ils sont sensés combattre est évidemment un autre débat. A Annecy, le FN combat l'UMPS (comme ils disent) tout en votant l'augmentation des indemnités du maire... Comprenne qui pourra.


Non, il faut s'arrêter sur les causes de ce vote.


La peur du lendemain


En période de crise économique qui n'en finit pas, dans un monde complexe, les solutions simplistes, portées par des partis populistes sont plus attractives. Sortir de l'Europe, sortir de l'euro : voilà pour ces gens-là la solution miracle. C'est compréhensible, simple et donc efficace. C'est le premier niveau d'analyse. Il en existe, de mon point de vue, un autre celui du rejet et de la peur de la mondialisation. J'ai soutenu en 2011, au moment de la primaire socialiste, un candidat PS qui parlait de "démondialisation". Je me souviens qu'à Annecy, au premier tour de ces primaires, 21% des votants l'ont soutenu. Les électeurs de ce premier tour étaient des jeunes, des couples, des salariés, des employés... bref des "petites gens". Un autre public est venu voté au second tour, un public beaucoup plus âgé et les premiers ne sont pas revenus choisir entre Aubry et Hollande.
Je garde de cette expérience (et peu importe les solutions à trouver) l'idée que dans notre département particulièrement, parce qu'il est frontalier, parce qu'il est industriel, parce qu'il connait la précarité de l'emploi, il faut parler de mondialisation et tenir un discours ferme sur ses ravages.
Le FN surfe sur cette peur en développant un discours simpliste de retour à nos frontières et de rejet de l'étrange étranger. L'Europe est vue, à tord ou à raison, comme l'instrument de cette mondialisation qui menace... Le PS doit retrouver un discours plus audible sur la mondialisation.
Enfin derrière ces analyses se cache le ressort le plus fort et le plus intense de la peur : la question de l'identité. La mondialisation donne l'impression aux Français de perdre leur identité, ce qui les rend singuliers. Les débats sur les racines chrétiennes de l'Europe et autres discours sur la "civilisation européenne", ou encore le ministère de l'identité nationale sont les expressions extrêmes de cette peur.


Les Français veulent faire l'Histoire demain comme ils l'ont fait hier. Ils sont prêts aux plus gros sacrifices pourvu que l'on donne un sens à leur vie collective. Ils se sont battus, ils ont adoré être la nation des droits de l'Homme, ils ont porté haut leur modèle social... Les Français veulent voir revenir la grandeur de la France, qu'on leur redonne la fierté d'être Français. Dans ce climat, l'Europe est vue comme castratrice, comme l'adversaire qui veut démanteler la France. Dans ce contexte, le PS doit retrouver les voies d'un discours patriotique, intégré à  un idéal internationaliste. Nous ne pouvons laisser prospérer les nationalismes (qui conduisent à la guerre) et nous devons reconstruire un discours sur : qu'est-ce que la France ? Quel projet commun ? L'Histoire du monde montre que cette question ne saurait être passée sous silence au risque de voir l'électorat s'en remettre à des femmes ou des hommes "providentiel-le-s" qui n'apportent jamais rien de bon.


Le rejet des institutions


Le discours du FN sur le "système" politico-médiatique trouve trop souvent du grain à moudre. Entre le cumul des mandats, les arrangements entre amis, les remises de médailles entre amis, les cocktails, les cumul d'indemnités, les affaires... le FN trouve trop souvent des exemples pour dénoncer les errements du système institutionnel (même si, lui-même n'est pas étranger à ces pratiques). Ces exemples sont les aimants qui captent l'électorat qui trouve que décidément les élus font partie d'une caste à part. C'est pourquoi je continue de penser qu'il nous faut rapidement revoir nos institutions en profondeur et aboutir à une 6e République plus proche des gens, moins centralisée, moins aux mains des partis politiques.
Les institutions rassemblent aussi les institutions économiques, les marchés, les banques... et donnent alors au rejet exprimé par le FN comme une odeur de révolution que l'on connait traditionnellement plutôt à l'extrême gauche, brouillant ainsi encore plus les cartes de son positionnement politique.


Ces questions, confrontées à la crise économique, trouvent un écho grandissant. Il faut rapidement leur apporter des réponses républicaines et en adéquation avec nos valeurs. Le pays connait indéniablement une crise de régime, une crise d'identité. Ceci n'est pas le fait de tel ou tel gouvernement mais le résultat d'une profonde angoisse des Français dont les deux thermomètres sont le taux de chômage et le sentiment d'insécurité.


Bien sûr, Annecy n'est pas épargnée et prend aussi de plein fouet la vague bleu marine. Quelques maigres consolations tout de même : la droite républicaine est en tête avec 21.65% et le FN plafonne à 18.8% soit 6 points de moins qu'au national. Le PS fait 12.54% (contre 12.69% en 2009 mais avec 38 voix de plus en 2014 par rapport à 2009) et les cantons d'Annecy sont (avec celui de Seynod : 12.68%) en tête au niveau départemental (Annecy Nord Est : 12.83% ; Annecy Nord Ouest : 11.56% ; Annecy Centre : 12%) pour le PS.


Oui, je sais, ce sont de bien maigres consolations.



3 commentaires:

  1. Sur le chapitre cumul de mandats et "politiques caste à part" il faudrait que les citoyens aient envie de s'impliquer dans la vie publique au service de l'intérêt général. Comment susciter cette envie? Tu sais bien que ce travail-là est assez ingrat mais comme tu dis, sans ça la politique restera l'affaire d'une minorité incomprise de la majorité.

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  2. Didier BAILLET27 mai 2014 à 11:14

    "une 6e République plus proche des gens, moins centralisée, moins aux mains des partis politiques. " C'est bien beau mais ce ne sont que des mots. Quel nouveau fonctionnement des institutions proposes-tu ?

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    1. Didier, c'est vrai que ce ne sont que des mots, mais qui portent une ambition nouvelle. Je ne suis pas spécialiste, constitutionnaliste, mais je crois qu'on peut regarder ce qui marche ailleurs et y trouver des inspirations. Et puis je suis certain qu'un grand débat suivi d'une assemblée constituante serait propice à des idées nouvelles. Il ne faut rien s'interdire a priori (hormis bien sûr les régimes autoritaires). Je n'ai pas la solution clé en main mais les institutions sont toujours des outils acceptés par les peuples pour régler ensemble leurs différences. Celles de la 5e république ne fonctionnent plus. Il faut ouvrir le chantier de la 6e et surtout pas qu'avec des politiques

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