samedi 25 février 2017

Lyon-Turin : un projet européen utile


Le projet de ligne trans-européenne de chemin de fer reliant Lisbonne à Kiev passe par le tronçon Lyon-Turin.

C'est un projet, après avoir écouté les arguments des uns et des autres, auquel je suis favorable et que je soutiens.

Le Lyon-Turin doit se faire. Pourquoi ?

La Savoie a toujours été le portier des Alpes. Le rêve des hommes depuis des siècles a été de franchir les Alpes pour relier les hommes. Cela a commencé par les chemins pédestres, l'aménagement des cols (y compris routiers), le passage du chemin de fer (Modane ou bien encore Chamonix et Saint Gingolph), puis enfin les tunnels routiers (Mont-Blanc et Fréjus).
Le Lyon-Turin est un nouvel élément pour franchir les Alpes, un équipement du XXIe siècle.

Nous vivons dans un monde globalisé, mondialisé. Si cette réalité pose des questions au niveau du laisser-faire économique et de la libre circulation des capitaux, avec des Etats qui jouent sur le dumping (fiscal, social, environnemental) pour fausser la concurrence, la réalité de la libre circulation des femmes et des hommes ne souffre aucune contestation. Nous sommes tous des touristes qui aimons visiter d'autres cultures, d'autres pays. Le Lyon-Turin sera un formidable trait d'union entre les peuples grâce au transport de personnes. Les Savoyards pourront ainsi multiplier les échanges avec nos "frères historiques" italiens. (Je rappelle que c'est le roi de Savoie-Piémont-Sardaigne qui est à l'origine de l'unité italienne). Turin a été des siècles durant notre capitale.

L'attachement des Savoyards à l'amitié de nos voisins italiens valdotains et piémontais d'abord, est indestructible. Le même sang coule dans nos veines.
Le Lyon-Turin nous permettra d'avoir deux gares "internationales" en Savoie, une à Chambéry et l'autre à Saint Jean de Maurienne. Par Chambéry, Annecy sera à quelques pas "ferrés" de Turin et donc de Milan, Rome, Venise, Ljubljana, Zagreb, Bucarest... C'est une ouverture formidable vers toute l'Europe, nous qui sommes en son coeur !

C'est aussi un outil utile au transport des marchandises et une alternative crédible au transport routier si polluant. Je préfère personnellement voir des camions sur des trains que sur nos autoroutes avec les particules fines qui vont avec ! Nous n'arrêterons pas les échanges économiques (même s'il faudrait mieux les contrôler) alors nous devons construire les équipements modernes pour les transporter. Là encore c'est une nécessité européenne, mais c'est aussi une exigence locale pour nos entreprises et leurs débouchés internationaux. Donc pour l'emploi local.

Alors oui, cela coûte cher. C'est vrai. Mais ce projet est cofinancé par l'Europe, la France et l'Italie. Et puis, les Suisses eux arrivent bien à financer des tunnels comme le Gothard (à 7 millions d'habitants) !
C'est de l'Europe concrète, au service des peuples. Relancer le rêve européen par des réalisations concrètes est une obligation. Nous en avons ici la preuve ! Pourquoi cracher dessus ? D'ailleurs les travaux ont déjà commencé et coûté des millions d'euros. Il faut les mener à bout.

Je vois cela comme un grand investissement capable aussi de relancer la croissance économique, comme les grands travaux du temps du New Deal. Je suis favorable aux politiques de relance par l'investissement. Cela crée déjà de l'emploi sur place. Des centaines de travailleurs (souvent qualifiés) ont été embauchés et participent déjà aux travaux.

Pour finir, j'entends bien que ce tracé va impacter certaines emprises foncières, notamment agricoles. Chacun sait mon attachement à la préservation des terres agricoles. Mais il faut tout de même reconnaitre que le tracé retenu est le moins impactant puisque 86 km sur 140 (62%) du tracé est en tunnel enterrés, donc à l'impact paysager et naturel assez limité.

Au fond on peut toujours voir uniquement les problèmes et ils existent (que faire des "déchets" du percement des tunnels, quel est côté italien le rôle des mafias, le coût très élevé...). Moi je préfère voir les côtés positifs.

Unir les populations, multiplier les échanges culturels, personnels, créer des emplois, relancer l'Europe... Voilà ce que je pense du Lyon-Turin et pourquoi j'espère qu'il ira au bout, au-delà de certains arrangements électoraux qui ne font pas honneur à ceux qui les prennent.


lundi 20 février 2017

Pourquoi rien n'avance à Annecy ?


Dans son programme de 2014 pour les élections municipales, M. Rigaut avait fait des promesses aux électeurs. Il devait y avoir de nombreuses réalisations et plusieurs investissements à réaliser.

Nous sommes à mi-mandat et force est de constater que le bilan est bien maigre...

- Réhabilitation du parc des sports et du boulodrome (p.4 du programme) : aucun projet

- salle d'exposition à la Chapelle des Capucins (pourtant propriété de la ville) : point mort (p.5).

- rénovation de la place du "Carré rouge" aux Teppes (p.6) : rien

- développer de nouveaux outils de lien avec les habitants (p. 6) : on attend encore et pire ils ont refusé nos propositions dans ce sens

- rénovation de l'école Carnot et plan de modernisation des Romains et de la Plaine (p.8) : les projets sont passés au-dessous de la pile ?

- rénovation complète de l'avenue de Genève (p.12) : remis sine die

- réalisation de la passerelle Galbert/Boulevard Taine (p.12) : sans projet

- réalisation du passage Bellevue (p. 12) : c'est la faute à la SNCF!!!!

- l'ouverture du canal Saint Dominique et du Vassé, l'aménagement de la place aux Bois (p. 15) : jamais entendu parlé en commissions...

- la réhabilitation du Haras (p.18) : comment dire... on paye toujours un maire-adjoint qui doit s'en occuper ??? très efficace...

- déplacer le commissariat de police et rénovation de la caserne des pompiers (p. 19) : c'est pas de notre faute chef, c'est la faute au gouvernement... (socialiste en plus, bouh les méchants)

Alors oui, deux choses ont été faites : 1) la cuisine centrale et 2) le centre horticole. Tous deux sont déjà dépassés avec la fusion des communes. Nous n'avons cessé de le dire et de demander que ces projets soient redimensionnés. Sans succès. Gaspillage d'argent public.

Les chiffres de l'investissement de cette année 2016 à Annecy devraient bientôt être connus. J'ai bien peur qu'ils ne soient pas bon. Très peu des budgets votés pour 2016 n'ont été engagés.

Ah oui, c'est vrai, les élus avaient d'autres priorités en tête : la fusion des communes et la conservation de leur pouvoir. On ne peut pas tout faire : travailler à réaliser ses promesses électorales et jouer des coudes pour "avoir la plus grosse".

On peut considérer qu'à long terme cette fusion sera bénéfique aux Annéciens... C'est juste dommage qu'à court terme elle inhibe toute action politique pour réaliser des projets utiles aux Annéciens (et qu'lle remette en cause la parole donnée).

Et puis, j'espère qu'un jour les électeurs sanctionneront ces élus qui font des tas de promesses au moment des élections et puis... RIEN. 

Annecy la belle endormie.

samedi 18 février 2017

Le Grand Annecy renonce à une politique "transport en commun"

Jeudi soir, le nouveau conseil d'agglomération du Grand Annecy s'est réuni notamment pour discuter du ROB (Rapport d'Orientations Budgétaires) pour 2017.

C'est l'occasion de discuter des grandes orientations que l'on devrait retrouver au budget. Mais comme d'habitude, malheureusement, ce débat est largement tronqué. En effet, nous n'avons pu aborder que la partie "fonctionnement" (dépenses courantes) de l'agglo et pas la partie "investissements", qui pourtant "orientent" l'avenir.

Donc on ne parle pas de centre des congrès, de voiries d'accès au tunnel sous le Semnoz, de constructions d'EHPAD...

L'exécutif de l'agglomération a décidé de lisser les taux de fiscalité des 5 communautés de communes composant le Grand Annecy, sur 12 ans pour arriver à un taux commun. Pour le Versement Transports (VT) payé par les entreprises et les administrations de plus de 11 salariés pour financer les transports en commun, seule la C2A l'avait instaurer (pour financer la SIBRA) à un taux plancher de 0.90%. Il a été décidé de se laisser 5 ans (soit 0.18%/an) pour que tout le territoire soit au même taux.

Je suis intervenu sur ce point car cela sous-entend que ce taux ne devrait pas bouger dans les 5 ans qui viennent. Ce ne sont pas les ressources supplémentaires récoltées sur le Pays d'Alby, la Fillière, la Tournette ou la rive Gauche du lac qui vont permettre de financer l'extension nécessaire du réseau de bus sur tout le territoire du Grand Annecy. C'est une évidence. Notre agglomération est l'une des 3 dernières de France au niveau de la faiblesse de son taux (Chambéry est par exemple à 2%). Il faut réévaluer progressivement ce taux pour financer une vraie politique "Transports en commun" sur toute notre agglomération.

Graphique présentant les taux 2013 de VT en France. Je n'ai pas trouvé d'équivalent plus actuel, désolé. Mais le taux de l'agglo est toujours à 090% alors que de nombreuses autres agglo ont depuis augmenté leur taux pour accompagner une véritable politique de transports en commun (ainsi Chambéry qui était à 1.75% est passée à 2%).

Peut-on franchement dire aux entreprises de Saint Jorioz, d'Alby de Talloires ou de Val-Glière : vous allez payer plus, mais pour ne rien avoir en échange ?

Bien sûr qu'il faut, c'est impératif, développer le réseau SIBRA vers ces grandes communes. Il faut développer l'offre de transports collectifs, notamment en direction des salariés. Nos routes saturent de voitures. L'air est de plus en plus pollué et cela affecte la santé de tous. Il est urgent d'agir. La fusion des communautés de communes avait notamment pour objectif de traiter de ces sujets qui n'ont de solutions qu'à une échelle plus large.

Or, l'exécutif très à droite (sous l'influence de M. Accoyer) a décidé de faire de la démagogie populiste, avec son argument traditionnel de menace à l'emploi. Selon eux, si on augmente le versement transports, les entreprises vont délocaliser. Absurde. Absurde car si tel était le cas, il n'y aurait plus d'entreprises à Chambéry, comme dans de nombreuses métropoles françaises, elles auraient toutes migré vers Annecy. Absurde car si cela était vrai, il n'y aurait plus d'entreprises à Annecy, elles auraient toutes rejoint une des communautés de communes périphériques, celles qui justement n'avaient pas instauré le versement transport.

Si les entreprises payent le versement c'est que la collectivité apporte un service : celui du transport notamment des salariés. Payer plus pour ne rien avoir comme service supplémentaire, c'est cela qui n'est pas normal !
Combien coûtent à l'économie annécienne, les retards des salariés à leur travail ? les bouchons des voitures ? la pollution et son impact sur notre santé ?

Je regrette profondément ce choix irresponsable. Nos enfants nous jugeront sévèrement sur cette politique du tout voiture.

Je regrette aussi l'image et le mode de gouvernance que cela augure : c'est Annecy qui décide et les petites communes qui payent. 

Nous n'avons pas le loisir de perdre 5 ans en matière de transports en commun (qui représentent 1/3 des émissions de particules fines polluantes). J'espère que dans 3 ans, nous pourrons changer enfin de politique et envoyer ces idéologues à une retraite bien salvatrice pour notre environnement et notre qualité de vie. 

dimanche 12 février 2017

Commune nouvelle et démocratie de proximité

Lundi soir, nous aurons droit à notre premier conseil communal de la commune déléguée historique d'Annecy.

Ces conseils communaux des communes délégués ont été institués pour, soit-disant, garder un lien de proximité entre les élus et les citoyens... Certains se sont battus pour que ces conseils consultatifs d'élus subsistent. Pour ma part, j'ai toujours émis de nombreuses réserves et cela m'a valu les foudres de pas mal de maires.

Mais c'est vrai que le maintien de ces conseils communaux permet de maintenir aussi les maires-adjoints qui y sont rattachés (sans rôle réel pour la majorité d'entre eux) et les indemnités qui vont avec...

Car prenons le cas de ce premier conseil communal. De quoi va-t-on parler ? Il y a 11 points à l'ordre du jour (quand on en avait plus de 40 en conseil municipal avant la fusion):
- un point d'information sur les décisions déjà prises par le maire (c'est déjà fait, donc on se demande où est la démocratie de proximité)
- un point d'information, sans vote, sur le rapport de développement durable (qui donnera l'occasion à la majorité de se gausser de faire chaque jour d'Annecy une ville plus écolo... où on continue à suffoquer sous la pollution)
- 3 points sur le financement de logements sociaux (Ce genre de point est toujours voté à l'unanimité du conseil, sans discussion, car tout le monde est d'accord)
- 6 points sur des opérations de rénovation liées à la vieille ville  "dite opération Sainte Claire", (là encore systématiquement votées à l'unanimité)

Et c'est tout ! Voilà, on aura fait de la démocratie de proximité. Ou plus exactement on aura amusé les élus, la presse et les citoyens en maintenant un semblant de démocratie locale. Car aucun de ces points n'est sujet à polémique ou discussion.


Quand certains s’arque-boutaient sur la conservation de ces conseils fantoches (et des fonctions et indemnités qui vont avec), je défendais l'idée que la démocratie de proximité ce n'est pas plus d'élus, plus d'assemblées d'élus. Mais plus d'implication des citoyens dans le fonctionnement de notre commune.

Or, même si la loi oblige les communes de plus de 80 000 habitants, de créer des conseils de quartier, on ne voit toujours rien venir.

J'ai posé la question lors du dernier conseil municipal : quand vont être créés ces conseils, quelles seront leurs prérogatives et leurs moyens ? Le maire m'a répondu que ce n'était pas la priorité, qu'il fallait se donner du temps. on verrait bien cela à l'automne...

Satisfaction générale des élus de la majorité, gauche, droite et verts unis dans ce même tempo.

Moi, je dis que je ne suis pas d'accord. Et je maintiens (même si cela m'a brouillé avec certains) qu'il aurait été plus judicieux, pour promouvoir la démocratie de proximité, de d'abord s'interroger sur le nombre, le périmètre, la composition, les prérogatives et les moyens des conseils de quartiers. Plutôt que de se battre pour des conseils communaux sans substance mais qui coûtent chers au contribuable.

Certains s'interrogent sur le fossé qui s'est créé entre la gauche cran-gevrienne et moi. La raisons est ici exposée. J'ai toujours défendu l'idée que la proximité passait par les citoyens directement (grâce aux conseils de quartier) et non par les élus (et les conseils communaux). J'ai toujours poussé pour qu'on avance sur cette thématique des conseils de quartiers.

Résultat : on a avancé sur les conseils communaux, les places pour les élus et on a l'armée mexicaine qu'on connait. Mais les citoyens eux, peuvent toujours attendre... attendre qu'une majorité largement conservatrice et réticente à l'expression citoyenne nous ponde un projet de conseils de quartiers à minima.

Pourtant, on aurait pu AVANT DE SIGNER LA FUSION (quand on pouvait faire encore pression), mettre tout notre poids sur cette question de la place des citoyens dans la commune nouvelle et en faire une condition préalable à la fusion. Là on aurait pu arracher quelques avancées significatives. Mais non, ils ont préféré se battre pour des conseils communaux sans grand intérêt.

Ma rupture est donc, de mon point de vue, fondamentale. C'est celle de la révolution citoyenne contre le conservatisme de la caste des élus.

vendredi 10 février 2017

Semnoz : facilité ou durabilité ?

Depuis quelques jours, je vois circuler cette fameuse pétition lancée par l'ESF Annecy-Semnoz demandant l'installation de canons à neige sur le Semnoz.

Je n'ai pas souhaité réagir à cette pétition qui fustige "des minorités" qui seraient "contre tout". Voila qui augure un dialogue serein et apaisé...
C'est une maladie en Haute Savoie que de prétendre, quand des personnes ne sont pas de votre avis, qu'elles sont "minoritaires". Cela permet de décrédibiliser d'avance leurs arguments et leur parole. Je vois surtout que sur les dizaines de milliers de parents d'élèves de nos écoles, ou bien encore les milliers de skieurs du Semnoz, seuls 1800 ont signé la pétition... On peut toujours s'interroger sur qui est minoritaire ou non, mais laissons cela à la basse polémique inutile, aux basses attaques sans importance.

Je comprends parfaitement l’intérêt corporatiste de cette pétition. Néanmoins une partie de la population aussi concernée soit-elle, n'a jamais fait l’intérêt général.


Cette pétition invoque un certain nombre d'arguments qu'il conviendrait de discuter. Par exemple, s'il est vrai que la neige artificielle produite aujourd'hui est sans adjuvants, de nombreuses études montrent l'impact sur la flore et la faune, mais aussi sur la qualité des terrains de l'installation de canons à neige par exemple. Sans compter la problématique au combien délicate de l'alimentation e eau.  De la même façon, cette manière peu glorieuse de pousser les enfants en première ligne d'un combat comme celui-ci n'est pas pour grandir les auteurs de tels arguments. Ou bien encore les périodes de froid sans neige dont la prévision s'avère aussi juste que la lecture dans le marc de café.

Au fond, la pétition "des acteurs économiques du Semnoz" pose une bonne question : celle de leurs emplois et de l'avenir économique du site. Cette bonne question doit être débattue. C'est ce que j'avais demandé au conseil d'agglomération en proposant de demander au Club Climat-Energie-Air d'étudier la question, plutôt que d’organiser des conférences certes intéressantes mais qui le cantonnent à un rôle passif alors qu'il devrait être un outil d'aide à la décision politique.

Ce Club a l’intérêt de réunir les acteurs économiques et leurs représentants, des acteurs de la vie sociale, des habitants et des associations (y compris environnementales). Voilà une instance de dialogue toute trouvée pour parler de l'avenir du Semnoz.

Car si au fond la pétition pose une bonne question, la réponse qui est apportée  ("pour sauver nos emplois mettons des canons à neige") reste discutable. Et je souhaite qu'elle soit discutée.

On peut croire qu'on peut se rendre maître de la nature, faire fi du réchauffement climatique et de ses impacts sur les stations de moyenne montagne. On peut dépenser l'argent des contribuables à volonté. Oui, on peut. Mais on peut aussi penser la reconversion du Semnoz pour le projeter dans le XXIe siècle, comme un lieu de loisirs pluriactivités, et non pas comme le disent les auteurs de cette pétition "une station". Alors oui, il faudra peut-être que les moniteurs de ski apprennent d'autres métiers en plus du leur y compris pour offrir d'autres activités en hiver. Je crois que c'est cela une vision d'avenir, porteuse d'emplois plus diversifiés et plus valorisants. Ne pas voir le temps qu'il fait, l'absence de neige, comme une calamité mais bien comme l'opportunité de repenser globalement l'avenir de ce site.

Je préfère le pragmatisme et la vérité. Le courage de dire que le modèle des stations de moyenne montagne doit évoluer vers une diversification. Plutôt que les solutions de facilité qui n'offrent en réalité qu'un sursis de quelques années à une évolution inévitable dont les scientifiques du monde entier nous alerte depuis des années : la problématique de l'enneigement des stations de moyenne montagne. Car n'en doutons pas si on met le doigt dans les canons, dans quelques années les mêmes nous demanderons encore plus de canons.

Oui, chez nous plus qu'ailleurs, les effets de la pollution et du réchauffement climatique se font cruellement sentir. Oui, cela a des impacts sur la structure de l'emploi. Et malheureusement je vois encore trop peu les changements de comportements pour limiter cette pollution.

On peut toujours faire l'autruche et s'enfouir la tête dans le sable. Ou bien on peut penser que le Semnoz peut devenir un formidable laboratoire d'évolution, de modernisation et de reconversion qui servira pour le futur d'exemple à d'autres à travers le monde, non pas en supprimant le ski, mais en adaptant notre offre à la réalité de la météo. Facilité ou durabilité : telle est la question.

C'est vrai, et je le demande depuis longtemps, qu'il faut pour cela oser le débat et c'est là de la responsabilité des élus que de l'initier car personne ne gagnera rien à l'invective et au mépris des arguments des autres.

lundi 6 février 2017

Revenu universel : une rente sur le tiers-monde ?


J'ai écouté depuis plusieurs semaines la proposition politique de mettre en place un revenu universel à l'échelle de tout le pays (par étapes ou tout d'un coup, cela n'a pas d'importance dans mon questionnement).

Si je suis plutôt, de prime abord, séduit par cette idée d'un droit à vivre dans la dignité, simplement parce qu'on est un être humain, je m'interroge, en tant qu'ex-économiste : d'où provient cette richesse que l'on veut distribuer à tout le monde ?

En fait, l'idée de revenu universel renvoie à une idée générale plus large encore en économie : l'utopie d'une société d'abondance dont ont rêvé tant d'économistes. Pour l'instant, l'humanité évolue dans une société de la rareté. Les produits, les services, le capital, l'immobilier, etc... tout est rare. Il faut donc en réguler l'accès. 3 moyens de régulation ont été testés par l'humanité depuis ses débuts : 1) la loi du plus fort (je suis le plus fort je prends ce qui est disponible, modèle esclavagiste et féodal); 2) la file d'attente (les individus sont servis au fur et à mesure de leur inscription sur une liste d'attente, modèle communiste); et 3) les prix (le prix des objets permet d'égaliser l'offre et la demande).

Pour les biens qui sont "illimités" donc non rares, il n'y a pas de prix. L'air (même si la pollution interroge cet état de fait) étant abondant, il n'a pas de prix. L'idée du revenu universel est de passer d'une société de la rareté régulée par les prix à une société de l'abondance où tout serait gratuit (ou presque, le niveau du revenu versé permettant de réguler les excès) : logement, nourriture, eau, habillement.

Je ne crois pas que nous soyons arrivés à ce stade d'une société d'abondance. Les robots n'ont pas encore remplacés les hommes pour la production des biens et des services.

Or, de mon point de vue (c'est un vieux point de vue d'économiste classique et keynésien), seul le travail crée de la valeur. Le capital est une accumulation de travail et la versement d'une somme fixe mensuelle s'apparente à une rente, c'est-à-dire un transfert de richesse d'un acteur vers un autre (exemple : le loyer est une rente avec transfert d'un locataire vers un propriétaire).

Le revenu universel est donc assimilable à une rente, c'est-à-dire un transfert de richesse d'acteurs vers d'autres acteurs. D'où vient cette richesse ? De travail. Mais de travail de qui ?

Pour répondre à cette question, il faut s'interroger sur les effets potentiels à si grande échelle d'un revenu universel, dans une économie mondialisée. Donner plus de revenus aux Français c'est leur offrir indéniablement du pouvoir d'achat, pour peu que les hausses d’impôts liées au financement de ce revenu étatisé supplémentaire ne soient pas égales ou supérieures au gain de revenu.

Or, ce jeu entre gains liés au revenu universel et hausse des impôts n'est pas identique pour tous. Il y a fort à parier que certains vont y gagne et d'autres y perdre. Qui ?

Les entreprises seront-elles mises à contribution, en partie pour financer, par des impôts supplémentaires ce revenu universel ? On peut le penser puisque certains parlent de supprimer le CICE. Pour faire face à ces impôts supplémentaires que peuvent faire les entreprises (en tous cas les grosses) : délocaliser ou bien augmenter les prix. De la même façon, dans le secteur de l'immobilier, le versement d'un revenu universel n'aura-t-il pas pour effet une flambée des loyers ?

Sans contrôles, il y a fort à parier que l'instauration d'un revenu universel puisse être très inflationniste et faire grimper les prix, générant ainsi : 1) une perte de compétitivité des entreprises françaises et 2) un probable anéantissement des gains de pouvoirs d'achat engendrés par l'instauration du revenu universel.

Au moins que, pour préserver leur pouvoir d'achat, les français se détournent des produits made in France, devenus plus chers, pour des produits d'importation. C'est un probable second effet de l'instauration du revenu universel à l'échelle d'un pays : la chute du solde commercial. Moins d'exportations (de produits trop chers) plus d'importations pour préserver le pouvoir d'achat gagné par le revenu universel.

Et pointe ici la réponse à notre question du début : qui produit la richesse nécessaire au financement de la rente qu'est le revenu universel ? Les ouvriers chinois, taiwanais, thailandais et autres qui continueront de produire des produits pas chers que les francais, avec leur revenu universel pourront se payer... tout en espérant que le niveau de vie dans ces pays n'augmentent pas trop vite histoire de garder leur rente la plus profitable possible.

Instaurer un revenu universel en France est une idée généreuse qui vise à mettre nos "pauvres" à l'abri des aléas de la vie. Mais a-t-on bien mesuré tous les impacts de cette décision ? Moi qui suis internationaliste je m'interroge sur le fait que ce sont non pas les grosses fortunes (qui trouvent toujours un paradis fiscal pour fuir l'impôt) mais les ouvriers des pays pauvres qui vont financer in fine cette rente. N'est-ce pas un transfert de richesses du sud vers le nord ? Eux doivent continuer à produire pas cher (surtout si on taxe les robots qui à la limite auraient pu remplacer l'homme dans la production) pour que nous, nous puissions jouir des biens et des services qu'ils nous fabriquent pas cher.

J'ai bien peur que cet aspect possible du revenu universel instauré à l'échelle d'un pays comme la France, 5e puissance mondiale et non pas seulement sur quelques milliers de personnes, n'ait pas été envisagé. J'ose pourtant le soulever car il me trotte dans la tête depuis des jours. Et si, finalement, le revenu universel, dans une société de la rareté, se transformait en un nouveau colonialisme, un pillage du sud par le nord ?

La valeur, la richesse, ne viennent jamais de nulle part. Elles viennent du travail. L'argent peut être fictif si les gains de pouvoir d’achat sont "mangés" par l'inflation ou la hausse des impôts, mais le surcroît de valeur, non.

Et je parie que, malgré les discours, ce ne sont pas les plus riches qui vont financés ce surcroît de valeur, de pouvoir d'achat, mais les plus pauvres que nous. Mais je suis prêt à écouter tous les contre-arguments et à en débattre. Au fond, je préférerais qu'on parle de revenu universel mondial pour permettre à ceux qui meurent de faim et de maladies de pouvoir déjà s'en sortir, hissant ainsi l'humanité vers le haut, et non seulement notre égoïsme occidental.

 Je ne sais pas si j'ai raison. Peut-être que mon argumentaire contient des failles. Si tel est le cas merci de me le faire savoir car j'aimerais avancer dans ma propre réflexion sur ce sujet. Merci.

samedi 4 février 2017

Annecy Classic Festival tué par la ville


C'est avec une très grande tristesse que j'ai pris connaissance du message de bonne année envoyée par M. Escande, président de l'association porteuse du Festival de musique Classique "Annecy Classic Festival".

Dans ces voeux, le président nous rappelle l'historique des faits qui ont amené le conseil d'administration de l'association à annuler l'édition 2016 du festival. D'abord, le mécène (La fondation AVC Charity d'origine russe) n'avait pas versé le solde des financements promis pour 2015 (soit 210 000€). Ensuite les conventions tripartites (ville/mécène/association) n'avaient toujours pas été signées (sans d'ailleurs que cela n'inquiète la mairie...). Et enfin, l'ingérence du mécène dans la programmation artistique (réduisant le nombre de jours de festival, puis supprimant les artistes locaux, les masters classes et les concerts décentralisés) était évidemment insupportable.

C'est donc collectivement et à l'unanimité que le conseil d'administration de l'association a décidé de ne pas organiser l'édition 2016 (et non pas comme on a voulu le faire croire, un président dans son coin). Pourquoi ? Pour des raisons bien compréhensibles ! D'abord, dans une association de loi 1901, les responsables (donc le conseil d'administration) est responsable financièrement et pénalement de ses actes. Le trou de l'édition 2015 aurait pesé lourd sur les comptes et potentiellement engagé la responsabilité juridique des administrateurs.
Ensuite, on ne travaille pas sans convention signée ! Bizarre que la mairie si tatillonne sur tant d'associations accepte cela d'un mécène russe...
Enfin, l'association, qui porte le festival et une partie de l'héritage de la musique classique à Annecy depuis des décennies, n'avait pas, et c'est normal, à se faire déposséder de la programmation artistique. 

Je veux ici saluer le professionnalisme et le sérieux dont ont fait preuve les administrateurs dans la décision d'annuler l'édition 2016. Je veux leur dire toute notre reconnaissance pour cette décision difficile mais nécessaire pour éviter tout risque juridique, surtout quand visiblement certaines origines de fonds financiers posaient problème.

Plusieurs rendez-vous ont eu lieu avec la ville et le maire. Il en ressort que le maire a pris fait et cause pour le mécène contre l'association, allant jusqu'à produire un communiqué de presse dénonçant l'annulation de l'édition 2016, et modifiant parfois les faits réels. Nous venons de voir pourquoi l'association a décidé (et ce n'est pas une décision facile) d'annuler l'édition 2016. Pourquoi la ville n'a-t-elle pas soutenu cette position ? Qu'est-ce qui a poussé le maire a soutenir le mécène alors qu'il existait de vrais risques financiers et juridiques, sans compter l'abandon des ensembles de la région d'Annecy au seul profit de musiciens exclusivement russes, et les questionnements sur l'origine de certains fonds ? Qu'est-ce qui d'ailleurs 2 ans auparavant avait conduit le maire, de façon unilatérale (et je le sais aujourd'hui alors que cette demande provenait du mécène et non de l'association) de décentraliser les plus grands concerts de l'église Sainte Bernadette à Bonlieu, moyennant une rallonge financière de 50 000 euros de subventions publiques ?

Il y a certes les paillettes et le frou-frou des centaines de milliers d'euros d'argent russe. Le prestige d'un maire qui est prêt à tout sacrifier, des décennies de travail d'une association, pour la gloriole. Mais j'espère que ce sont les seules raisons.

Chacun s'attendait à ce que l'année blanche qui vient de s'écouler serve au moins à rediscuter et à envisager différemment l'avenir (a priori sans le mécène russe), sur une édition 2017 plus modeste mais toujours vivante. Or, on apprend dans ce courrier que le Maire a fini de tuer le festival de musique classique et envoyant balader l'association. "La ville n'a pas admis l'annulation du festival, de ce fait l'histoire est pour nous terminée". L'association n'a pas cédé au diktat de la fondation russe en choisissant de garder l'esprit du festival, la ville la punit !!! L'association a choisi la fidélité à son engagement et ses valeurs, de partage (entre professionnels et amateurs, entre les artistes et le public), de qualité (en choisissant elle-même ses artistes), de proximité (en mêlant Annéciens et étrangers). Le maire aurait préféré qu'elle se prostitue à l'argent pour faire briller les dernières étoiles blafardes du mandat de M. Rigaut.

Je veux ici, au nom de tous les mélomanes d'Annecy dire ma colère fasse à ce choix de la ville de tuer définitivement le festival. Je regrette amèrement que les roubles soient montés à la tête de certains élus qui en ont perdu le sens des responsabilités et de la réalité en refusant de soutenir une association annécienne.

Je tiens à saluer et remercier du fond du cœur les membres de l'association et en particulier les membres du conseil d'administration et son président pour avoir tenu bon sur leurs valeurs et leur éthique. Les gens de valeurs sont devenus si rares de nos jours !Vous avez, des années durant, porté un festival d'une très grande qualité envié souvent par-delà nos frontières. Vous aviez réussi à créer une ambiance chaleureuse et amicale entre le public et les artistes. Par votre engagement ,vous avez perpétué l'histoire de la culture, et en particulier de la musique classique, sur Annecy, répondant ainsi aux testaments moraux de tant de virtuoses locaux.

Je partage votre peine et certainement votre colère. Ceux qui étaient sensés vous aider, vous ont abandonné. C'est injuste car vous vous battiez pour des valeurs justes et pour le respect des artistes et du public.

J'espère que la flamme de la musique classique à Annecy, de ces valeurs, ne s'éteindra pas. On peut toujours vouloir recréer des festivals commerciaux pour la gloriole de certains. Je m'y opposerai si tel devait être le cas. Mais recréer ce que vous aviez réussi à construire ce n'est pas possible.

Je souhaite que la ville retrouve la raison le plus vite possible. Qu'elle renoue le contact avec vous pour le bien des Annéciens, en travaillant à une prochaine édition, certes nécessairement épurée car le temps nous manque, mais pour que vive encore un festival de musique classique vivant, chaleureux et remarquable en terme de programmation à Annecy.

La saison 2015-2016 aura été une Annus Horribilis pour la culture à Annecy. D'abord on a tenté de faire taire Jean Gilli et le festival de cinéma italien a failli n'être plus que l'ombre de lui-même par décision des élus. Ensuite on a tenté de faire taire Pascal Escande et le festival de musique classique a failli se pervertir en une édition sans valeurs ni sens.

Je salue le travail de tous ces "anciens" qui ont tant oeuvré pour la culture à Annecy. En d'autres temps, les oreilles de la ville leur étaient acquises et la culture pouvait s'épanouir sur les bords du lac. Mais cette époque est révolue... Doit-on s'y résigner ?